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samedi 6 mai 2017

"La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre"

Commentaire

L'Essai sur les données immédiates de la conscience (1889) constitue la thèse de doctorat du philosophe Henri Bergson (1859-1941). Son propos consiste à mettre en garde contre la tendance de l'esprit à penser dans l'espace. Or, si cette tendance est utile dans la vie pratique et dans les sciences, elle l'est moins lorsqu'il s'agit d'appréhender des phénomènes qui n'occupent pas d'espace comme par exemple les phénomènes psychiques. Nous appréhendons en effet l'espace extérieur en réalisant un découpage dans le réel : nous distinguons les objets matériels et nous leur assignons un nom précis. Mais est-ce que cette manière de voir est encore valable lorsque nous essayons d'appréhender une réalité immatérielle comme le temps ?

Le passage ci-dessous est extrait du chapitre II intitulé "De la multiplicité des états de conscience : l'idée de durée". Il constitue un passage clé au sens où il présente la définition du concept de durée. Bergson, en effet, critique la conception de l'école anglaise qui consiste à rabattre tous les rapports d'étendue à des rapports de succession dans la durée. C'est pourquoi il distingue deux types de durée : la durée où intervient la notion d'espace, comprise comme succession et la durée qu'il juge "toute pure", c'est-à-dire indépendante de la notion d'espace, comprise donc comme simultanéité.

lundi 12 décembre 2016

"C'est parce que l’artiste songe moins à utiliser sa perception qu’il perçoit un plus grand nombre de choses"

Commentaire

La pensée et le mouvant (1934) est un recueil d'essais et de conférences du philosophe Henri Bergson (1859-1941). Le regroupement de ces textes parus entre 1903 et 1923 s'explique par le fait qu'ils portent tous sur la méthode philosophique utilisée par Bergson. Ces textes portent sur la notion de durée, à savoir le temps vécu, continu de la vie de l'esprit, qui s'oppose au temps mathématique discontinu, ainsi que sur la notion d'intuition, qui correspond à la connaissance immédiate de la durée comme réalité ultime. L'intuition est une sorte de sympathie qui permet de saisir un objet dans ce qu'il a d'unique et d'inexprimable. Elle opère sur la mobilité (la durée) là où l'analyse opère sur l'immobilité (le temps mathématique).

Le texte ci-dessous est extrait du cinquième chapitre intitulé "La perception du changement". Dans les deux conférences qui le compose, Bergson soutient la thèse que l'artiste a une perception élargie, non intéressée, du réel. Elle se distingue en ce sens de la perception de l'homme du commun qui est orientée : elle sélectionne en vue de l'action. L'artiste est un individu dégagé des nécessités de l'existence, qui a un rapport distancié aux besoins et qui, par conséquent, a la capacité d'intuitionner les choses, de saisir la mobilité ou la durée au moyen de l'art. Ainsi, l'art constitue une voie d'accès privilégiée à la réalité.