Les Pensées (1670) ont été publiées après la mort de Pascal (1623-1662). Elles constituent un ensemble de notes qui devaient figurer dans une apologie de la religion chrétienne. Il s'agit donc d'un ouvrage à la fois fragmentaire et inachevé, remis en ordre par des éditeurs et dont la présentation peut varier. Malgré tout, il permet de se faire une idée de la pensée de Pascal, qui ne cherche pas à faire de système, mais à exposer la nécessité de la grâce (dans la théologie chrétienne, elle est l'aide surnaturelle apportée aux hommes par Dieu pour qu'ils accomplissent leur salut). Sans Dieu, l'homme est condamné à l'essentielle misère de sa condition car la raison seule demeure impuissante à découvrir certaines vérités.
Le texte ci-dessous constitue le fragment 294 dans l'édition Brunschwicg. Pascal fait le constat d'un relativisme des coutumes juridiques et de l'impossibilité d'établir ce que serait une justice universelle valable pour tous et en tout temps. Dans un autre fragment (Br. 298), il rapproche la justice et la force : "la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique" et ajoute : "ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste". Ces extraits du fragment 298 entrent en résonance avec ce qui est développé ci-dessous : les hommes corrompus par le péché originel n'ont pas la capacité de s'accorder rationnellement sur ce qu'est la justice, par conséquent, la force qui, contrairement à la justice, n'a pas besoin de longues discussions pour s'imposer, va être à l'origine de l'établissement du juste. Mais ce coup de force aura, à son tour besoin de la justice, pour être accepté et éviter la discorde et la contestation.