mercredi 24 mai 2017

"Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion"

Commentaire

La Raison dans l'Histoire constitue l'introduction des Leçons sur la philosophie de l'histoire (1837) de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Ces leçons ont été publiées après la mort de l'auteur, à partir des notes de cours prises par ses étudiants. Dans leur introduction, Hegel explique que la raison est à l'oeuvre dans l'histoire, c'est-à-dire que, contrairement aux apparences, l'histoire ne se réduit pas au déroulement d'une série de faits désordonnés et chaotiques, mais réalise le développement de la rationalité. Il existe donc un sens de l'histoire vers plus de droit et de liberté.

Le texte ci-dessous est extrait de la partie consacrée au matériel de la réalisation de l'Esprit. Hegel vient de souligner les conséquences désastreuses des passions humaines qui entraînent un déchaînement de violences et de destructions de toute sorte. Mais il ne s'arrête pas à ce constat. Il cherche à comprendre à quelle fin tous ces immenses sacrifices sont accomplis. Ainsi, il estime qu'ils sont, en réalité, les moyens mis au service d'une cause supérieure : la réalisation et la prise de conscience de l'Esprit par lui-même, l'Esprit désignant l'unité entre la réalité et la pensée. Dans l'histoire, le négatif apparaît comme le moyen pour le positif d'advenir, les passions ne s'opposent pas à la raison, mais sont la condition de son développement.

dimanche 21 mai 2017

"On peut considérer l'histoire de l'espèce humaine comme l'exécution d'un plan caché de la nature"

Commentaire

L'Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784) est un article du philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) qui comprend une introduction et neuf propositions. Pour Kant, les actions humaines, comme tout autre événement naturel, obéissent aux lois universelles de la nature. Lesquelles ? C'est ce qui n'est pas évident à déterminer car il faut prendre en considération le rôle de la liberté du vouloir humain. Mais de même que des études statistiques permettent de mieux saisir les régularités des comportements humains, Kant estime possible de trouver un fil conducteur à l'histoire.

Le texte ci-dessous constitue la Huitième proposition de l'ouvrage. Dans la proposition précédente, la septième, Kant note que les Etats se comportent au niveau international comme les individus à l'état de nature : ils entrent en conflit. Or, l'état civil naît de ces antagonismes et de la nécessité d'y mettre un terme en instituant un ordre qui garantisse à chacun des droits. La nature utilise ainsi les pulsions destructrices des hommes pour les amener là où la raison simple aurait dû les conduire. En tant que telle donc, la coexistence pacifique des nations n'adviendra pas de la seule sagesse des nations, mais sera le fruit d'un processus similaire à celui qui a mené les individus vers la société civile, c'est-à-dire un processus traversé par de violents sursauts tels que les guerres ou les révolutions et suivi par la compréhension de la nécessité de juridiciser et de moraliser les relations entre les Etats.

mercredi 17 mai 2017

"Les hommes acceptent sans examen les récits des faits passés" 

Commentaire


La Guerre du Péloponnèse (fin du Ve siècle av. J.-C.) narre les premières années du conflit qui a opposé de 431 à 404, les deux grandes cités grecques antiques : Sparte avec la ligue du Péloponnèse et Athènes avec la ligue de Délos. Elle est l'oeuvre de l'historien athénien Thucydide (460-395 av. J.-C.). Elle constitue l'un des premiers textes d'histoire avec l'Enquête (445 av. J.-C.) d'Hérodote qui décrit les guerres médiques opposant les Grecs aux Perses de 490 à 479 av. J.-C. Elle est généralement considérée comme le premier récit historique fidèle et rigoureux, l'ouvrage d'Hérodote étant encore marqué par la mythologie. 

Le texte ci-dessous rassemble trois chapitres (XX, XXI et XXII) tirés du livre I sur les huit que contient l'oeuvre. Il est consacré à l'analyse des causes de la guerre. Cette recherche des causes véritables est tout à fait inédite à l'époque dans l'analyse historique. Thucydide étudie comment Athènes, dans les cinquante années qui ont suivi la victoire sur les Perses, est parvenue à constituer un empire dont l'accroissement inquiétait les Lacédémoniens, poussant ainsi ces derniers à déclencher la guerre, suivis par leurs alliés, qui craignaient pour leur indépendance. L'explication classique par les griefs de chaque camps laisse la place à une analyse qui tient compte de la situation politique, ainsi que du contexte socio-économique. Les causes des événements ne sont plus à rechercher en dehors du monde humain, mais à l'intérieur de celui-ci, tenant compte des ambitions des cités et de leurs dirigeants. 

Cours - Le langage

Introduction

Tout langage fonctionne au moyen d'un système de signes permettant la compréhension mutuelle entre un émetteur et un récepteur. Ces signes peuvent être de nature très différente. Le langage que nous utilisons chaque jour pour nous exprimer est composé de mots, mais il existe aussi un langage informatique, un langage des fleurs et même un langage des abeilles. Le langage n'est donc pas nécessairement à restreindre aux langues propres à un pays, à la langue française par exemple. Il permet de communiquer, c'est-à-dire, si l'on suit l'étymologie latine du verbe communicare, de "partager" et de "mettre en commun" une information.

Mais peut-on être certain que les langages comme le langage informatique ou le langage des abeilles soient à mettre sur le même plan que les langues que nous utilisons pour exprimer nos pensées ? Le langage informatique n'est en fait qu'un code servant à la programmation. Il est destiné à exploiter un certain nombre d'informations présentes dans la mémoire d'une machine informatique. Mais il semble beaucoup moins complexe que le langage que nous utilisons pour nous exprimer. De même, le langage des abeilles désigne les danses qui permettent aux abeilles de se transmettre entre elles la localisation du nectar indispensable à la fabrication du miel. Mais a-t-on déjà vu une abeille faire une blague à une autre en lui indiquant une mauvaise direction ? 

dimanche 14 mai 2017

"Dire, c'est faire"

Commentaire

Quand dire, c'est faire (1962) est un ouvrage du philosophe anglais John Langshaw Austin (1911-1960) qui met en évidence l'existence d'énoncés performatifs, c'est-à-dire constituant une action particulière en même temps qu'ils sont énoncés. Jusqu'à sa découverte, les philosophes considéraient que tous les énoncés étaient susceptibles d'être considérés comme vrais ou faux. Austin amène à distinguer les énoncés constatifs qui ont une valeur de vérité des énoncés performatifs qui n'ont pas cette valeur.

Le texte ci-dessous analyse quelques exemples de phrases qui présentent comme spécificité d'être performatives. L'adjectif performatif a la même racine que performance, mot qui vient de l'anglais to perform "effectuer", lui-même venant du verbe ancien français parformer qui signifiait "accomplir, exécuter ; achever". Les idées d'accomplissement, d'exécution et d'achèvement sont donc primordiales dans ce type d'énoncés. Il faut souligner également que le statut du locuteur importe puisque c'est grâce son statut particulier qu'il parvient à créer des effets avec son énoncé : c'est le mari qui dit "oui", la reine qui baptise le bateau, le mourant qui rédige son testament ou le joueur qui parie.

"Pour les poètes, les mots sont à l'état sauvage"

Commentaire

Qu’est-ce que la littérature ? (1948) est un manifeste où Jean-Paul Sartre (1905-1980) défend sa conception d'une littérature engagée, c’est-à-dire dont l'ambition est d'avoir une influence sur le réel en prenant position en faveur d’une cause éthique, politique ou religieuse. Cet essai qui est, en réalité, un recueil de plusieurs articles, répond à trois questions : "qu’est-ce qu’écrire ?", "pourquoi écrire ?" et "pour qui écrit-on ?". 

Le texte ci-dessous se situe au début du livre, dans la partie "qu’est-ce qu’écrire" et cherche à déterminer quelle est la spécificité du langage poétique. La thèse de l’auteur est que le poète se retire de l’utilisation quotidienne et banale du langage qui sert d’instrument pour se faire comprendre. L’enjeu est de faire apparaître que le langage poétique ne sert pas la communication comme le langage quotidien, mais le langage lui-même. Si la littérature peut et même doit être engagée, la poésie au contraire, parce qu'elle n'a aucune vocation utilitaire, ne doit pas être engagée.

vendredi 12 mai 2017

"La fonction primitive du langage est d'établir une communication en vue d'une coopération"


Commentaires

La pensée et le mouvant (1934) est un recueil d'articles du philosophe Henri Bergson (1859-1941) écrits entre 1903 et 1923. Il comprend deux essais introductifs rédigés spécialement à cette occasion et qui occupent, à eux-seuls, le tiers du volume : le premier s'intitule "Connaissance de la vérité". Il constitue une critique du recours au système en philosophie qui aurait pour défaut principal de négliger la question du temps. Le second qui s'intitule "De la position des problèmes" compare les modes de connaissance intuitif et intellectuel, tous deux valables, et ouvre donc la voie à une collaboration entre la métaphysique et la science.

Le texte ci-dessous est extrait du second essai introductif. Peu avant, Bergson a défini l'intelligence comme "la manière humaine de penser" et expliqué que celle-ci avait pour but la connaissance de la matière. Il l'a distinguée de ce qu'il appelle l'intuition, autre fonction intellectuelle, mais qui a pour but la connaissance de l'esprit. La première relève de la science, la seconde de la métaphysique. Entre les deux, on trouve la science de la vie sociale (sociologie) et de la vie organique (biologie), la première plus intuitive et la seconde plus intellectuelle, mais chacune marquée par la précision. Or, le langage qui a pour fonction essentielle d'être un outil visant à assurer la vie sociale. Il apparaît insuffisant et à la science qui a recours aux mathématiques et à la philosophie qui s'approfondit dans l'intuition.