samedi 25 mai 2013

Citations sur la morale



1/ La morale

"Une vie bien réglée vaut mieux qu'une vie désordonnée"+++
Platon, Gorgias.
→ Au moyen de la métaphore des tonneaux percés, Platon, par l'intermédiaire de Socrate, condamne la définition que Calliclès donne de la vertu comme capacité d'assouvir tous ses désirs par tous les moyens. Il montre au contraire que la nature de l'homme consiste à se montrer tempérant, à donner une limite à ses désirs afin de rendre l'âme plus indépendante du corps, condition indispensable pour se rendre heureux.


"Afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions, [...] je me formai une morale par provision". +++
Descartes, Discours de la méthode, III. 
→ Dans son entreprise radicale de remise en cause des connaissances, Descartes a conscience que le doute ne peut être étendu à la connaissance pratique car il faut bien vivre en attendant de reconstruire l'ensemble du savoir. Pour cette raison, il préconise l'usage de quelques maximes de sagesse pratique afin d'éviter l'indécision et en attendant la détermination claire et distincte de la véritable nature du bien et du mal.

"Conscience ! Conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix". +++
Rousseau, L'Emile, Livre IV.
→ Pour Rousseau, la conscience est cette voix que chacun peut entendre et qui permet de sentir instinctivement le bien ou le mal. La morale est de l'ordre du sentiment et non de la raison. Elle est ce qui permet à l'humanité de s'élever au-dessus du règne animal pour se rapprocher du divin, d'où sa dimension quasi-religieuse. Mais comme tout homme possède cette capacité de juger du bien et du mal, elle se passe aisément de toute révélation.

"Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi". +++
Kant, Critique de la raison pratique, Conclusion. 
→ Kant, tout en étant proche de Rousseau du fait de son affirmation de l'universalité de la morale, s'en distingue cependant en ce qu'il rattache la conscience morale non pas à un instinct, mais à la faculté rationnelle d'échapper au déterminisme naturel. C'est la loi, c'est-à-dire le fait que le devoir se présente à la conscience sous la forme d'un commandement, qui est au fondement même de la morale.


"Faire aux autres ce qu’on voudrait que les autres fassent pour vous, aimer son prochain comme soi-même, voilà les deux règles de perfection idéale de la morale utilitaire". +++
Mill, L'Utilitarisme, II.
→ Mill défend l'idée contre-intuitive que la morale utilitariste est compatible avec l'altruisme de la morale chrétienne. La morale utilitariste juge en effet le bien non pas à l'aune de l'utilité individuelle ou du bonheur personnel, mais par rapport à la somme de bien-être collectif qu'un comportement est susceptible d'apporter. Par conséquent, elle est porteuse du même message que celui de l'idéal chrétien correspondant à l'amour du prochain.

"Les faibles et les ratés doivent périr". +++
Nietzsche, L'Antéchrist, § 2. 
→ Avec cette formule provocante, Nietzche se veut le contempteur de la morale platonico-chrétienne. Il défend la force affirmative de la vie contre les valeurs du bien et du mal, contre le bonheur envisagé comme une paix de l'âme ou une satisfaction mesurée des désirs et contre la pitié pour la faiblesse et l'échec. A la place, il pose comme valeur ultime celle de l'accroissement de la volonté de puissance, force vitale intérieure qui ne cesse de déborder.

2/ La liberté

"Les choses qui dépendent de nous sont libres par leur nature"+++
Epictète, Le Manuel.
→ Les stoïciens comme Epictète conçoivent la liberté du point de vue de l'intériorité : la liberté se trouve ainsi restreinte à ce sur quoi nous pouvons avoir prise. Pour le reste, si cela ne dépend pas de nous, il est inutile de vouloir le changer, car la croyance d'une liberté serait une pure illusion et une source de troubles.

"Le plus bas degré de la liberté est celui où nous nous déterminons aux choses pour lesquelles nous sommes indifférents"+++
Descartes, Lettre au P. Mesland du 9 Février 1645.
→ La liberté chez Descartes est affaire de connaissance : nous sommes d'autant plus libres que nous avons de bonnes raisons d'agir d'une certaine façon plutôt qu'une autre. Ainsi, l'indifférence constitue une expérience possible de la liberté, mais aussi son degré le plus bas dans la mesure où nous n'avons aucune raison de préférer l'un ou l'autre choix d'une alternative.

"Il faut faire la distinction entre ce qui est certain et ce qui est nécessaire". +++
Leibniz, Discours de Métaphysique
→ Leibniz pense ensemble un monde où Dieu a tout déterminé à l'avance et où pourtant la liberté existe. Il faut pour cela distinguer le certain du nécessaire : les événements historiques ne sont que la suite de ce que Dieu a prévu et placé au sein de chaque individu, mais comme chaque individu l'ignore, il agit selon des raisons qui l'inclinent sans le nécessiter.

"L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté". +++
Rousseau, Du Contrat social, I, 8. 
→ Au plan politique, comment parvenir à maintenir une liberté au sein d'un pacte social unissant les hommes entre eux ? Rousseau répond qu'il faut passer d'une liberté naturelle à une liberté politique dans laquelle la loi émanant de l'ensemble d'une communauté humaine se retrouve être une loi voulue par tous. Ce faisant, l'homme s'élève au-dessus de ses propres désirs et se moralise.

"La liberté transcendantale est opposée à la loi de causalité" +++
Kant, Critique de la raison pure ("Dialectique transcendantale").
→ Kant souligne une contradiction fondamentale entre notre croyance à la liberté et la causalité : la liberté transcendantale, prise indépendamment de l'expérience, est contraire à la loi de causalité qui régit les sciences. Pour autant, elle reste une hypothèse fondamentale pour penser l'agir humain et la morale. La liberté, si elle ne peut être démontrée scientifiquement, reste un préalable pour penser l'agir humain.

"L'homme est condamné à être libre"+++
Sartre, L'existentialisme est un humanisme.
→ Pour Sartre, l'homme ne peut pas échapper à sa liberté, telle est sa peine. Si Dieu n'existe pas, tout est permis, ce qui signifie que, dans un monde sans Dieu, la responsabilité humaine devient immense car sa liberté est absolue. Aucune excuse n'est jamais suffisante pour justifier de n'avoir pas agi alors que nous le devions. 

3/ Le devoir

"Fais ton bien avec le moindre mal d'autrui qu'il est possible". +++
Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité, I.
→ Avec Rousseau, le devoir plonge ses racines dans la sensibilité naturelle, ce qu'il appelle la pitié, qui porte à la sympathie envers autrui et vient faire contrepoids à un autre sentiment naturel visant l'auto-conservation : l'amour de soi. La maxime de la moralité consiste donc à faire son bien avec le moindre mal qu'il est possible à autrui.

"Le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi". +++
Kant, Fondements de la Métaphysique des moeurs, Première section.
→ Contrairement à Rousseau, Kant estime que le devoir est plus proche de la raison que de la sensibilité : il réside essentiellement dans l'accomplissement d'une action par respect pour la loi. Le devoir est désintéressé : l'action morale ne l'est que si l'action n'est motivée que par le respect de la loi morale. 

"Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle"+++
Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Deuxième section.
→ Kant donne comme critère ultime de la moralité l'impératif catégorique qui consiste à agir uniquement d'après une maxime que l'on peut universaliser. Par exemple, le vol n'est pas une action morale puisque le voleur ne peut vouloir que le vol soit permis par une loi générale sinon il ne pourrait plus rien s'approprier. En volant, il s'excepte lui-même de la loi et son action est donc immorale. 

"Même chez l'homme prétendu normal, la domination du soi par le Moi ne peut dépasser certaines limites". +++
Freud, Le Malaise dans la civilisation, Chapitre VIII.
→ Freud pose les limites du devoir et invite à réfléchir au caractère irréaliste de certaines maximes du devoir. "Aimer son prochain comme soi-même" lui apparaît être un commandement absurde puisqu'il nie au fond l'agressivité humaine. De manière plus générale, c'est le processus de civilisation qui, en cherchant à nier cette agressivité pour permettre la vie en société, rend l'homme malheureux.

"Nos devoirs - ce sont les droits que les autres ont sur nous". +++
Nietzsche, Aurore, Livre II, § 112 : "Pour l'histoire naturelle du devoir et du droit".
→ Nietzsche réalise une histoire naturelle du devoir pour montrer qu'à sa racine, il y a l'idée d'une dette à l'égard de tous ceux qui ont pourvu à notre éducation. Nos devoirs sont la marque du pouvoir que les autres ont acquis sur nous. Mais ils sont aussi un moyen de libération au sens où rendre, c'est aussi s'affranchir. Dans l'effectuation de son devoir, l'homme reconquiert et fait reconnaître son droit.

"Autant qu’il pût en juger, Eichmann agissait, dans tout ce qu’il faisait, en citoyen qui respecte la loi". +++
Arendt, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal.
→ Arendt critique la morale du petit homme, l'obéissance de cadavre qui consiste à suivre aveuglément les lois de son pays en abdiquant toute faculté de critique et de jugement du bien et du mal. Elle invite aussi à reconsidérer le devoir dans sa conception kantienne en ce qu'il implique l'idée qu'il faudrait faire plus qu'obéir à la loi et identifier sa propre volonté au principe même de la loi morale. 

4/ Le bonheur

"La félicité et le bonheur ne sont pas l'œuvre d'une seule journée". +++
Aristote, Ethique à Nicomaque, I, 6.
→ La morale aristotélicienne est eudémoniste, c'est-à-dire qu'elle fait du bonheur le souverain bien. Ce bonheur consiste en la réalisation avec le plus de perfection possible de la fonction propre à l'homme qui est d'utiliser sa raison. Cette utilisation doit se faire avec sagesse, avec le souci de trouver le juste milieu, ce qui ne saurait se faire en un seul jour. 

"Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse". +++
Epicure, Lettre à Ménécée.
→ Epicure aussi considère le bonheur comme le Souverain Bien, mais pour lui, il est indissociable d'une bonne gestion des plaisirs. Les plaisirs sont à la fois le commencement de la vie heureuse car ils permettent de déterminer ce qu'il faut rechercher et ce qu'il faut fuir, et aussi la fin, car c'est le plaisir qui doit rester la finalité de nos actions. Des plaisirs mesurés sont la condition d'une vie heureuse.

"Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination"+++
Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs, II.
→ Pour Kant, le bonheur n'est pas la finalité de la morale. Il est un idéal de l'imagination, ce qui signifie que s'il est un but pour tous, chacun définit le bonheur comme il veut. C'est pour cette raison que le bonheur est un concept indéterminé qui ne peut pas servir à orienter notre action.

"La morale nous enseigne comment nous devons nous rendre dignes du bonheur"+++
Kant, Critique de la raison pratique, I, 2.
→ Si la morale kantienne ne nous dit pas ce qu'est le bonheur, elle enseigne sur la manière dont on peut agir afin de s'en rendre digne. Pour cela, il suffit d'agir conformément à la loi morale, d'effectuer son devoir de manière inconditionnelle, sans attendre une quelconque récompense. Ce n'est qu'une fois son devoir effectué que le bonheur devient une espérance possible avec la religion.

"Tout bonheur est négatif, sans rien de positif"+++
Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, IV.
→ Schopenhauer regarde le bonheur entendu dans son sens positif, c'est-à-dire en tant qu'état de conscience d'une plénitude de satisfaction, comme une illusion. La vérité du bonheur selon lui est de n'être qu'un état se caractérisant par l'absence de souffrance. Il trouve la preuve de cette vérité dans l'art qui ne fait jamais du bonheur son sujet principal afin d'éviter son essentielle monotonie.

"Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante". +++
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue, § 5.
→ Nietzsche se fait le contempteur du bonheur du dernier homme, un bonheur prudent, mesuré, qui ne doit pas gâter la vie. Au contraire, il suggère que le bonheur est une conquête de l'existence qui ne peut s'acquérir qu'à travers le dépassement de soi. Le bonheur nietzschéen suppose de s'affirmer à l'égard de la vie en tant qu'être créateur : il n'est pas passif, mais actif.

Citations sur la politique

1/ La société


« L'homme est par nature un animal politique ».
Aristote, La Politique.


« Celui qui est sans cité est soit une brute, soit un dieu ».
Aristote, La Politique.

« Ce qui donne naissance à une cité, c’est l’impuissance où se trouve chaque individu à se suffire à lui-même ».
Platon, La République.

« L’homme est un loup pour l’homme ».
Hobbes, Léviathan.

« La plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille ».
Rousseau, Du Contrat social.

« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ».
Montaigne, Essais.

« Tout être raisonnable existe comme fin en soi et non pas simplement comme moyen ».
Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs.

« L'homme n'existe que pour la société et la société ne le forme que pour elle ».
De Bonald, Théories du pouvoir politique et religieux.

« Vices privés, vertus publiques ».
Mandeville, La Fable des abeilles.

«  Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur et du boulanger qu’il faut espérer notre dîner, mais du souci de leur propre intérêt ».
Smith, Richesse des nations.

« Là où l’intérêt règne seul, (…) chaque moi se trouve vis-à-vis de l’autre sur le pied de guerre ».
Durkheim, De la division du travail social.

2/ La justice et le droit


« Ce sont les faibles, la masse des gens, qui établissent les lois (…) en fonction de leur intérêt propre ».
Platon (exprimant la pensée du sophiste Calliclès), Gorgias.

« Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».
Pascal, Pensées.

« La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. »
Pascal, Pensées.

« Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ».
Pascal, Pensées.

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».
Rousseau, Du contrat social.

« L’homme porte en lui-même la justification principale de la propriété ».
Locke, Second traité du gouvernement civil, chap. 5, §44.

« Si la justice disparaît, c’est chose sans valeur que les hommes vivent sur terre ».
Kant, Métaphysique des mœurs, « Doctrine du droit », II.

« La propriété, c’est le vol ».
Proudhon, Qu’est-ce que la propriété.

« L’équité (…) donne de l’air à la justice ».
Jankélévich, Traité des vertus.

3/ L’Etat


« En vérité, le but de l'État, c'est la liberté ».
Spinoza, Traité théologico-politique.

« Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».
Montesquieu, L'Esprit des lois.

« Les hommes doivent être caressés ou anéantis ».
Machiavel, Le Prince.

« Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun ».
Hobbes (décrivant la situation à l’état de nature), Le Léviathan.

« Les ouvriers n’ont pas de patrie ».
Marx, Manifeste du parti communiste.

« Cette sorte de servitude réglée, douce et paisible (…) à l’ombre même de la souveraineté du peuple ».
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 4, 6.

« L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : ‘‘Moi, l’État, je suis le Peuple’’. »
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, « De la nouvelle idole ».

« La guerre, c’est la continuation de la politique avec d’autres moyens ».
Clausewitz, De la guerre.

« Le pouvoir sans l’abus perd le charme ».
Valéry, Cahier B.

« Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance, il assure l'ordre, par la résistance, il assure la liberté ».
Alain, Propos.

« Tout pouvoir sans contrôle rend fou ».
Alain, Propos.

« On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans ».
 Malraux, La Condition humaine.

vendredi 24 mai 2013

Citations sur la raison et le réel

1)      Théorie et expérience


« C’est à partir de la mémoire que les hommes acquièrent de l’expérience ».
Aristote, Métaphysique.

« Tous les raisonnements sur les choses de fait semblent être fondés sur la relation de cause à effet ».
Hume, Enquête sur l’entendement humain.

« Des jugements empiriques, en tant qu’ils ont une valeur objective, sont des jugements d’expérience ».
Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future.

« La raison doit se présenter à la nature en tenant d’une main ses principes (…) et de l’autre l’expérimentation ».
Kant, Critique de la raison pure, « Seconde préface ».

« Savoir s’il y a une connaissance indépendante de l’expérience ».
Kant, Critique de la raison pure, « Introduction ».

« L’expérience est l’investigation d’un phénomène modifié par l’investigateur ».
Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale.

« Toute théorie reconduit en dernière instance à une expérience ».
Husserl, De la synthèse passive.

2)      La démonstration


« Ceux qui sont naturellement doués pour le calcul ont pour ainsi dire l'esprit agile dans toutes les autres sciences ».
Platon, La République.

« Ce que nous appelons apprendre est une réminiscence ».
Platon, Ménon.

« Rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans les sens ».
Thomas d’Aquin, De Veritate.

« Les premiers principes ne peuvent être connus que par intuition ; et au contraire les conséquences éloignées ne peuvent l'être que par déduction ».
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit.

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».
Pascal, Pensées.

« On peut, sur les vérités de fait, se passer de la démonstration si l'on sait se servir de l'expérience ».
Bacon, Opus majus.

« Au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit ».
Locke, Essai sur l’entendement humain.

3)      L’interprétation


« Toute compréhension de la partie est conditionnée par une compréhension du tout ».
Schleiermacher, Herméneutique, « Aphorismes ».

« Rien n’est plus dangereux que l’axiome commun selon lequel il faut consulter l’esprit de la loi ».
Beccaria, Des délits et des peines, « Interprétation des lois », §IV.

« Les sciences de l’esprit ont le droit de déterminer elles-mêmes leurs méthodes en fonction de leur objet ».
Dilthey, Idées concernant une psychologie descriptive et analytique.

« Le but de la philosophie est la clarification logique des pensées ».
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus.

« Comprendre, c’est toujours interpréter ».
Gadamer, Vérité et Méthode.

« Dire quelque chose de quelque chose c’est, au sens complet et fort du mot, interpréter ».
Ricœur, De l’interprétation.

4)      Le vivant


« C’est par la vie que l’animé se distingue de l’inanimé ».
Aristote, Traité de l’âme, II, I, 413a21.

« Nous voyons des horloges, des fontaines artificielles, des moulins et autres semblables machines, qui (…) ne laissent pas d’avoir la force de se mouvoir d’elle-même ».
Descartes, Traité de l’homme, XI.

« Un être organisé n’est pas simplement une machine (…), mais (…) il possède une force formatrice qu’il communique aux matières qui n’en disposent pas ».
Kant, Critique de la faculté de juger, §65.

« La vie, c'est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».
Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort.

« L'idée de vie suppose constamment la corrélation de deux éléments indispensables, un organisme approprié et un milieu convenable ».
Comte, Cours de philosophie positive.

« Le but que se propose la méthode expérimentale (…) consiste à rattacher par l’expérience les phénomènes naturels à leurs conditions d’existence ou à leurs causes prochaines ».
Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale.

« Le roman naturaliste (…) est une expérience véritable que le romancier fait sur l’homme, en s’aidant de l’observation ».
Zola, Le Roman expérimental.

« Une des propriétés fondamentales qui caractérisent tous les êtres vivants sans exception : celle d'être des objets doués d'un projet ».
Monod, Le hasard et la nécessité.

5)      La matière et l’esprit


« La lettre tue, mais l'esprit vivifie ».
Saint Paul, Epître aux Corinthiens, (2 Co, 3, 6).

« Je ne suis qu’une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit ».
Descartes, Méditations métaphysiques, II.

 « L'âme de l'homme est réellement distincte du corps, et toutefois elle lui est si étroitement conjointe et unie qu'elle ne compose que comme une même chose avec lui ».
Descartes, Abrégé des Méditations métaphysiques.

« Chaque portion de la matière peut être conçue comme un jardin plein de plantes (…) et chaque rameau de la plante (…) est encore un tel jardin ».
Leibniz, Monadologie, §67.

« L'esprit n'est lui-même que le produit le plus élevé de la matière ».
Engels, La fin de la philosophie classique allemande.

« La théorie de la relativité nous a appris que la matière représente d’immenses réservoirs d’énergie et que l’énergie représente la matière ».
Einstein, L’Evolution des idées en physique.

6)      La vérité


« Nous devons demeurer sans opinion, sans inclination, sans agitation ».
Pyrrhon.

« L’homme est la mesure de toute chose ».
Protagoras.

« Tous les hommes désirent naturellement savoir ».
Aristote, Métaphysique.

« Le faux et le vrai ne sont pas dans les choses, comme si le bien était le vrai et le mal, en lui-même le faux, mais dans la pensée ».
Aristote, Métaphysique.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ».
Descartes, Discours de la méthode.

« La volonté de vérité pourrait secrètement une volonté de mort ».
Nietzsche, Le gai savoir.

« Presque rien n'est plus inconcevable que l'avènement d'un honnête et pur instinct de vérité parmi les hommes. »
Nietzsche, Sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral.

« Ce qui est incompréhensible, c'est que le monde est compréhensible ».
Einstein, Comment je vois le monde.

Citations sur la culture

1)      Le langage

« La parole est l’existence extérieur du sens ».
Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.

« Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire les étiquettes collées sur elles ».
Bergson, Le Rire.

« Dire, c’est faire ».
Austin, Quand dire c’est faire.

« Le monde (…) devient humain (…) seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue ».
Arendt, Vies politiques.

« Ce dont on ne peut parler, il faut le faire ».
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus.

2)      L’art


« L'art, dans certains cas parachève ce que la nature n'a pas la puissance d'accomplir, dans d'autres cas il imite la nature. »
Aristote, Physique.

« Le beau est ce qui plaît universellement sans concept ».
Kant, Critique de la faculté de juger.

« Le jugement de goût est seulement contemplatif ; c'est un jugement qui, indifférent à l'existence de l'objet, ne fait que lier sa nature avec le sentiment de plaisir et de peine ».
Kant, Critique de la faculté de juger.

« Le génie est la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne ses règles à l’art ».
Kant, Critique de la faculté de juger.

« Le beau est toujours bizarre ».
Baudelaire, Les Fleurs du mal.

« Personne ne peut voir dans l'œuvre dans l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi ». Nietzsche, Humain, trop humain.

« L’art est le grand stimulant de la vie ».
Nietzsche, Crépuscule des idoles.

« Nous avons l’art afin de ne pas périr de la vérité ».
Nietzsche, La volonté de puissance.

« L’art n’a d’autre objet que d’écarter (…) tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à la réalité elle-même ».
Bergson, Le Rire.

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».
Paul Klee, Théorie de l’art moderne.

« L’art est un anti-destin ».
Malraux, Les Voix du silence.

« Ecrire un poème après Auschwitz est barbare ».
Adorno, Prismes : critique de la culture et société.

3)      Le travail et la technique


« L’homme est le plus intelligent des animaux parce qu’il a des mains ».
Anaxagore.

« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ».
Descartes, Discours de la méthode.

« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt ».
Hume, Traité de la nature humaine.

« Le travail éloigne de trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ».
Voltaire, Candide.

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe c’est de le transformer ».
Marx, Thèses sur Feuerbach.

« La promesse de la technique moderne s'est muée en menace ».
Jonas, Le Principe de responsabilité.

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ».
Jonas, Le Principe responsabilité.

4)      La religion


« La volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance ».
Spinoza, Ethique.

« Dieu ou la nature ».
Spinoza, Ethique.

« L'ignorance, la peur, voilà les deux pivots de toute religion ».
Baron d'Holbach, Système de la nature.

« La religion est le sens et le goût de l'infini ».
Schleiermacher, Discours sur la religion.

« La superstition est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage ».
Voltaire, Politique et législation.

« Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ».
Voltaire, Epîtres.

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».
Leibniz, Théodicée.

« La religion sans la conscience morale, n'est qu'un culte superstitieux ».
Kant, Réflexions sur l'éducation.

« La religion est (…) l’opium du peuple ». +++
Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel.

« La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l’humanité ».
Freud, L’Avenir d’une illusion.

« Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! »
Nietzsche, Le Gai Savoir.

« On trouve des sociétés qui n'ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n'y a jamais eu de société qui n'a jamais eu de religion ».
Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion.

« Quand Dieu se tait, on peut lui fait dire tout ce que l’on veut ».
Sartre, Le diable et le bon dieu.

5)      L’histoire


« On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ».
Héraclite.

« Il peut être vrai que la fortune soit maîtresse de la moitié de nos œuvres, mais elle nous en laisse gouverner à peu près l'autre moitié. »
Machiavel, Le Prince.

« Ce sont (…) les grands hommes historiques qui saisissent l'Universel supérieur et font de lui leur but ».
Hegel, La Raison dans l'Histoire.

« La devise de l’Histoire devrait être : Eadem, sed aliter – les mêmes choses, mais d’une autre manière ».
Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

« L’humanité se compose de plus de morts que de vivants ».
Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme.

« Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourraient exister sans faculté d’oubli ».
Nietzsche, La généalogie de la morale.

« L’histoire se répète : la première fois comme tragédie, la seconde comme comédie ».
Marx, Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes ».
Marx, Manifeste du parti communiste.

« La Société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners ».
Chamfort, Maximes et pensées, CXCIV.

« Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter ».
Santayana, La vie de la raison.

Citations sur le sujet

1) La conscience

"Se connaître soi-même, c'est cela la sagesse". +++
- Platon, Charmide, (citant Critias faisant référence et reprenant l’inscription inscrite sur le fronton du temple de Delphes : "Connais-toi toi-même").

"Je pense, donc je suis". +++
- Descartes, Discours de la méthode, IV.

"L’homme (...) est un roseau pensant". +++
- Pascal, Pensées, fragment 348 (Brunscwicg). 

"Auparavant, [l'enfant] se sentait ; maintenant, il se pense". +++
- Kant, Anthropologie d'un point de vue pragmatique, I, §1. 

"Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience". +++
- Marx, Contribution à la critique de l'Économie politique, « Avant-propos ».

"Toute conscience est conscience de quelque chose".  +++
- Husserl, Méditations cartésiennes, §2. 

"Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix !"
- Rousseau, Emile ou De l’éducation.

"Deviens ce que tu es".
- Nietzsche, Le Gai Savoir. 

2) La perception

« Dans les impressions, il n’y a pas de science ».
Platon, Théétète.

« La perception porte nécessairement sur une réalité singulière, tandis que la science consiste dans le fait de connaître l’universel ».
Aristote, Seconds Analytiques.

« Commençons par la considération des choses les plus communes, et que nous croyons comprendre le plus distinctement ».
Descartes, Méditations métaphysiques.

« Dans les sens, il n’y a point de jugement ».
Kant, Critique de la raison pure.

« La perception dispose de l’espace dans l’exacte proportion où l’action dispose du temps ».
Bergson, Matière et mémoire.

« Ce que chaque perception, même fausse, vérifie, c'est l'appartenance de chaque expérience au même monde ».
Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible.

3) L’inconscient

"Cent mille rien ne sauraient faire quelque chose". +++
- Leibniz, Nouveaux essais sur l'entendement humain, "Préface". 

"Une pensée vient quand "elle" veut et non pas quand "je" veux". +++
- Nietzsche, Par-delà bien et mal, I, §17.

"Ce que la volonté veut, c'est toujours la vie"+++
- Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, §54.

"Montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison". +++
- Freud, L’inquiétante étrangeté et autres textes, « Une difficulté de la psychanalyse ».

"L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique"+++
- Freud, L'interprétation des rêves, VII, E.

"L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps". +++
- Alain, Eléments de philosophie, II, 16, "Du mécanisme", "Note sur l'inconscient".

4) Autrui

« Un ami est un autre soi-même ».
Aristote, La Grande Morale.

« Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui, parce que c'était moi ».
Montaigne, De l'Amitié (parlant de son ami La Boétie).

« Le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande ».
Tocqueville, De la démocratie en Amérique.

« L’enfer, c’est les autres ».
Sartre, Huis clos.

« Le visage est (…) ce dont le sens consiste à dire : ‘‘Tu ne tueras point’’. »
Levinas, Ethique et infini.

« Tout ce qui est commun, dans le désir (…) signifie non l’harmonie, mais le conflit ».
René Girard, La Violence et le Sacré.

5) Le désir

"Notre ancienne nature est telle que nous étions un tout complet"+++
- Platon, Banquet (citant Aristophane qui fait l'éloge d'Eros en racontant le mythe de l'androgyne).

"Parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres sans fondement". +++
- Épicure, Lettre à Ménécée.

"Si tu désires quelqu'une des choses qui ne sont pas en notre pouvoir, tu seras malheureux". +++
- Épictète, Manuel.

"Ce n'est pas par la satisfaction du désir que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir".- Épictète, Manuel.

"Ne demande point que les choses arrivent comme tu les désires, mais désire qu'elles arrivent comme elles arrivent et tu prospéreras toujours".
- Épictète, Manuel.

"Nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous la désirons"+++
- Spinoza, Ethique, III.

"Le désir est l’essence même de l’homme".
- Spinoza, Ethique, III.

"Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde". +++- Descartes, Discours de la méthode, III (3e maxime de la morale par provision).

"La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui". +++
- Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, IV, § 57.

"Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède". - Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse.

"Nous ne savons renoncer à rien. Nous ne savons échanger qu’une chose contre une autre".
- Freud, Essais de psychanalyse appliquée.

"Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses".
- Proust, Les plaisirs et les jours.

6) L’existence et le temps

« Il n’y a pas de temps sans mouvement ou sans changement ».
Aristote, Physique.

« Le présent est court, l’avenir incertain ; le passé seul est assuré ».
Sénèque, De la brièveté de la vie.

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais bien. Si je veux l’expliquer à quelqu’un qui le demande, je l’ignore ».
Saint-Augustin, Confessions, VI, 14.

« Le présent d’ordinaire nous blesse ».
Pascal, Pensées, n°172 Brunchvicg, n°47 Lafuma.

« Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix ».
Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire.

« Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes ».
Kant, Critique de la raison pure.

« Le temps est ce qui empêche que tout soit donné tout d’un coup ».
Bergson, La pensée et le mouvant.

« L’existence est un fléchissement ».
Sartre, La Nausée.