dimanche 2 juin 2013

"Cogito ergo sum"

Le Penseur (1902),
Rodin.
C'est au philosophe René Descartes que l'on doit cette célèbre expression. "Je pense, donc je suis" ou en latin, langue des érudits au XVIIe siècle, "cogito ergo sum", est davantage qu'une simple déduction, c'est aussi et surtout une révolution dans l'histoire de la philosophie. Elle sert non seulement à Descartes de premier principe à sa méthode de recherche de la vérité, mais elle place aussi pour la première fois le sujet au centre des préoccupations : le sujet devient le point de départ de l'enquête philosophique et le principe de toute vérité.

Pour comprendre le sens du cogito, il faut repartir de la démarche cartésienne elle-même. L'ambition de Descartes est, en effet, de s'assurer que ce qu'il tient pour vrai l'est effectivement. Dans son Discours de la méthode (1637), il va donc partir du doute : "Je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées dans l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes". Ce doute est radical, mais il a une fonction précise : permettre de trouver un socle assuré pour pouvoir établir des connaissances. En ce sens, il se distingue du doute sceptique, du doute qui n'a pour fin que le doute lui-même. Le doute cartésien a pour fin la découverte de la vérité, c'est pourquoi il est aussi qualifié de doute méthodique ou de doute hyperbolique, c'est-à-dire poussé jusqu'à un certain point.

Ce point, c'est le cogito lui-même. Si l'on résume l'esprit de la démarche cartésienne exposée plus en détails dans les Méditations métaphysiques (1641) : pendant que je doute, je ne puis pas douter que j'existe, donc il faut nécessairement que j'existe pour pouvoir douter. Voici la première vérité dont on peut partir pour construire nos connaissances. Dans ce texte, Descartes va même plus loin que dans son Discours de la méthode, puisqu'il imagine l'existence d'un "malin génie"qui pourrait faire que les vérités mathématiques soient trompeuses. 

A partir du cogito, Descartes va pouvoir ensuite progresser dans la connaissance en suivant scrupuleusement les règles de la méthode qu'il établit dans son Discours
  • ce qui est vrai doit apparaître clairement et distinctement ;
  • les problèmes complexes doivent être ramenées à des éléments simples ;
  • les éléments simples doivent ensuite permettre de retrouver le problème complexe ;
  • cette procédure doit faire l'objet d'une vérification. 

En résumé, le cogito, "je pense, donc je suis", va servir de socle à la fondation des sciences. Une fois acquise la certitude du cogito, le sujet cartésien va pouvoir être certain de leur véracité. Le cogito est un moment philosophique essentiel, qui suit le doute radical et vient garantir la certitude de la réalité. Il répond ainsi à la question posée par Montaigne dans ses Essais : "que sais-je ?" S'il demeure un point de départ solide, tout reste encore à construire...

samedi 1 juin 2013

"Connais-toi toi-même"

Le Faux Miroir (1928),
Magritte.
"Connais-toi toi-même" est une phrase que Platon reprend à son maître Socrate. Mais ce dernier n'en est pas le véritable auteur : à l'origine, il s'agit d'une inscription du temple de Delphes. C'est une phrase classique de la philosophie, qui peut d'ailleurs aussi en être une définition, en tout cas pour Socrate. La dialectique, cette entreprise de connaissance reposant sur le dialogue de l'âme avec elle-même, se trouve toute entière exprimée dans cette exigence de se connaître par soi-même. 

La connaissance de soi par soi-même nécessite une introspection, c'est-à-dire de porter un regard (latin : specto) à l'intérieur de soi (intra). Ce regard consiste en réalité en un dialogue avec soi-même, ce qu'on appelle plus communément la réflexion : l'idée que notre conscience se pense elle-même, qu'elle se représente ses idées intérieurement et qu'elle les discute, les compare, les critique. 

Cette phrase prend ici la forme d'un commandement : il s'agit bien d'un devoir, comme s'il fallait, à tout homme qui se veut être véritablement homme, entreprendre de se connaître. Seulement, cette connaissance de soi se distingue du sens que nous lui donnons aujourd'hui, influencés que nous sommes par l'analyse psychanalytique. Ce n'est pas l'individu qu'il faut connaître, mais bien ce qui fait de nous un homme en tant qu'homme. C'est cette quête qui va distinguer l'homme de l'animal : la conscience, en tant que capacité de mettre les choses à distance, de les penser,  est ce qui permet à l'homme d'agir, non pas seulement avec passion, mais aussi et surtout en raisonnant, et par la même occasion, d'agir en être libre contrairement à l'animal qui agit d'abord par instinct.

L'entreprise philosophique initiée par Socrate n'est rien d'autre qu'une quête de soi : se connaître soi-même pour être véritablement homme. Mais il ne s'agit pas pour autant de mettre de côté les passions : l'âme, selon l'image célèbre qu'en donne Platon dans le Phèdre, peut être symbolisé par un char tiré par deux chevaux, l'un est bon et obéissant, l'autre rétif et rebelle, d'où l'enjeu pour le conducteur - c'est-à-dire la raison - de diriger son attelage en prenant soin de ménager ses deux montures.  

Dans une autre oeuvre, Alcibiade, Platon explique par l'intermédiaire de Socrate que la connaissance de soi ressemble à cette image de l'oeil qui ne se voit pas voir, et qui a besoin d'un miroir - de la réflexion - pour se voir voir. Ainsi, la pensée doit être cultivée pour elle-même car elle est ce qu'il y a de divin en l'homme, vision de la vision et principe du principe. 

samedi 25 mai 2013

Citations sur la morale

1)      La liberté


« L’éducation philosophique consiste à apprendre à vouloir chaque chose comme elle arrive ».
Epictète, Entretiens.

« La vraie liberté, c’est de pouvoir toute chose sur soi ».
Montaigne, Essai, livre III.

« Ils conçoivent l’homme dans la nature comme un empire dans un empire ».
Spinoza, Ethique.

« Les Hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés ».
Spinoza, Ethique.

"Les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent".  +++
Spinoza, Lettre à Schuller

« L’homme est né libre et partout il est dans les fers ».
Rousseau, Du contrat social, I, 1.

« Il n’y a point de liberté sans lois ».
Rousseau, Lettres écrites de la montagne.

« Si l’on a conçu des hommes libres, c’est afin qu’ils puissent devenir coupables ».
Nietzsche, Le crépuscule des idoles, « Les quatre grandes erreurs », §7.

« L’homme est condamné à être libre ».
Sartre, L’existentialisme est un humanisme.

« Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande ».
Sartre, Situation III.

2)      Le devoir


« Commettre l’injustice est pire que la subir ».
Platon (faisant parler Socrate), Gorgias, 474a.

« Le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi ».
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.

« Agis uniquement d’après la maxime dont tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ».
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, section II.

« Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ».
Kant, Critique de la raison pratique.

« Tu dois, donc tu peux ».
Kant, Critique de la raison pratique.

« La pitié est douce parce qu’en se mettant à la place de celui qui souffre, on sent pourtant le plaisir de ne pas souffrir comme lui ».
Rousseau, Émile ou de l’éducation, « L’éducation de l’être moral ».

« Nos devoirs – ce sont les droits que les autres ont sur nous ».
Nietzsche, Aurore.

« Quel obstacle puissant à la civilisation doit être l’agressivité si s’en défendre rend tout aussi malheureux que de s’en réclamer ».
Freud, Malaise dans la civilisation.

3)      Le bonheur


« Carpe diem ».
Horace, Odes.

« Nous ne vivons jamais, mais espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais ».
Pascal, Pensées.

« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ».
Pascal, Pensées.

« Le bonheur est une idée neuve en Europe ».
Louis Antoine de Saint-Just, Discours du 3 mars 1794 prononcé à la tribune de la Convention.

« Le souverain veut rendre le peuple heureux selon l’idée qu’il s’en fait, et il devient despote ; le peuple veut ne pas se laisser frustrer de sa prétention au bonheur commune à tous les hommes et il devient rebelle ».
Kant, Du rapport de la théorie et de la pratique dans le droit politique.

« Le bonheur est un idéal de l'imagination, non de la raison ».
Kant, De la métaphysique des mœurs.

« Les hommes ayant placé toutes les douleurs, toues les souffrances dans l’enfer, pour remplir le ciel, ils n’ont trouvé que l’ennui ».
Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

« Il n'y a qu'une erreur innée : celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux ».
Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

« Il faut s’imaginer Sisyphe heureux ».
Camus, Le mythe de Sisyphe.

Citations sur la politique

1/ La société


« L'homme est par nature un animal politique ».
Aristote, La Politique.


« Celui qui est sans cité est soit une brute, soit un dieu ».
Aristote, La Politique.

« Ce qui donne naissance à une cité, c’est l’impuissance où se trouve chaque individu à se suffire à lui-même ».
Platon, La République.

« L’homme est un loup pour l’homme ».
Hobbes, Léviathan.

« La plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille ».
Rousseau, Du Contrat social.

« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ».
Montaigne, Essais.

« Tout être raisonnable existe comme fin en soi et non pas simplement comme moyen ».
Kant, Fondement de la métaphysique des mœurs.

« L'homme n'existe que pour la société et la société ne le forme que pour elle ».
De Bonald, Théories du pouvoir politique et religieux.

« Vices privés, vertus publiques ».
Mandeville, La Fable des abeilles.

«  Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur et du boulanger qu’il faut espérer notre dîner, mais du souci de leur propre intérêt ».
Smith, Richesse des nations.

« Là où l’intérêt règne seul, (…) chaque moi se trouve vis-à-vis de l’autre sur le pied de guerre ».
Durkheim, De la division du travail social.

2/ La justice et le droit


« Ce sont les faibles, la masse des gens, qui établissent les lois (…) en fonction de leur intérêt propre ».
Platon (exprimant la pensée du sophiste Calliclès), Gorgias.

« Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ».
Pascal, Pensées.

« La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. »
Pascal, Pensées.

« Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ».
Pascal, Pensées.

« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».
Rousseau, Du contrat social.

« L’homme porte en lui-même la justification principale de la propriété ».
Locke, Second traité du gouvernement civil, chap. 5, §44.

« Si la justice disparaît, c’est chose sans valeur que les hommes vivent sur terre ».
Kant, Métaphysique des mœurs, « Doctrine du droit », II.

« La propriété, c’est le vol ».
Proudhon, Qu’est-ce que la propriété.

« L’équité (…) donne de l’air à la justice ».
Jankélévich, Traité des vertus.

3/ L’Etat


« En vérité, le but de l'État, c'est la liberté ».
Spinoza, Traité théologico-politique.

« Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».
Montesquieu, L'Esprit des lois.

« Les hommes doivent être caressés ou anéantis ».
Machiavel, Le Prince.

« Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun ».
Hobbes (décrivant la situation à l’état de nature), Le Léviathan.

« Les ouvriers n’ont pas de patrie ».
Marx, Manifeste du parti communiste.

« Cette sorte de servitude réglée, douce et paisible (…) à l’ombre même de la souveraineté du peuple ».
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 4, 6.

« L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : ‘‘Moi, l’État, je suis le Peuple’’. »
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, « De la nouvelle idole ».

« La guerre, c’est la continuation de la politique avec d’autres moyens ».
Clausewitz, De la guerre.

« Le pouvoir sans l’abus perd le charme ».
Valéry, Cahier B.

« Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance, il assure l'ordre, par la résistance, il assure la liberté ».
Alain, Propos.

« Tout pouvoir sans contrôle rend fou ».
Alain, Propos.

« On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans ».
 Malraux, La Condition humaine.

vendredi 24 mai 2013

Citations sur la raison et le réel

1)      Théorie et expérience


« C’est à partir de la mémoire que les hommes acquièrent de l’expérience ».
Aristote, Métaphysique.

« Tous les raisonnements sur les choses de fait semblent être fondés sur la relation de cause à effet ».
Hume, Enquête sur l’entendement humain.

« Des jugements empiriques, en tant qu’ils ont une valeur objective, sont des jugements d’expérience ».
Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future.

« La raison doit se présenter à la nature en tenant d’une main ses principes (…) et de l’autre l’expérimentation ».
Kant, Critique de la raison pure, « Seconde préface ».

« Savoir s’il y a une connaissance indépendante de l’expérience ».
Kant, Critique de la raison pure, « Introduction ».

« L’expérience est l’investigation d’un phénomène modifié par l’investigateur ».
Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale.

« Toute théorie reconduit en dernière instance à une expérience ».
Husserl, De la synthèse passive.

2)      La démonstration


« Ceux qui sont naturellement doués pour le calcul ont pour ainsi dire l'esprit agile dans toutes les autres sciences ».
Platon, La République.

« Ce que nous appelons apprendre est une réminiscence ».
Platon, Ménon.

« Rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans les sens ».
Thomas d’Aquin, De Veritate.

« Les premiers principes ne peuvent être connus que par intuition ; et au contraire les conséquences éloignées ne peuvent l'être que par déduction ».
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit.

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».
Pascal, Pensées.

« On peut, sur les vérités de fait, se passer de la démonstration si l'on sait se servir de l'expérience ».
Bacon, Opus majus.

« Au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit ».
Locke, Essai sur l’entendement humain.

3)      L’interprétation


« Toute compréhension de la partie est conditionnée par une compréhension du tout ».
Schleiermacher, Herméneutique, « Aphorismes ».

« Rien n’est plus dangereux que l’axiome commun selon lequel il faut consulter l’esprit de la loi ».
Beccaria, Des délits et des peines, « Interprétation des lois », §IV.

« Les sciences de l’esprit ont le droit de déterminer elles-mêmes leurs méthodes en fonction de leur objet ».
Dilthey, Idées concernant une psychologie descriptive et analytique.

« Le but de la philosophie est la clarification logique des pensées ».
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus.

« Comprendre, c’est toujours interpréter ».
Gadamer, Vérité et Méthode.

« Dire quelque chose de quelque chose c’est, au sens complet et fort du mot, interpréter ».
Ricœur, De l’interprétation.

4)      Le vivant


« C’est par la vie que l’animé se distingue de l’inanimé ».
Aristote, Traité de l’âme, II, I, 413a21.

« Nous voyons des horloges, des fontaines artificielles, des moulins et autres semblables machines, qui (…) ne laissent pas d’avoir la force de se mouvoir d’elle-même ».
Descartes, Traité de l’homme, XI.

« Un être organisé n’est pas simplement une machine (…), mais (…) il possède une force formatrice qu’il communique aux matières qui n’en disposent pas ».
Kant, Critique de la faculté de juger, §65.

« La vie, c'est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».
Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort.

« L'idée de vie suppose constamment la corrélation de deux éléments indispensables, un organisme approprié et un milieu convenable ».
Comte, Cours de philosophie positive.

« Le but que se propose la méthode expérimentale (…) consiste à rattacher par l’expérience les phénomènes naturels à leurs conditions d’existence ou à leurs causes prochaines ».
Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale.

« Le roman naturaliste (…) est une expérience véritable que le romancier fait sur l’homme, en s’aidant de l’observation ».
Zola, Le Roman expérimental.

« Une des propriétés fondamentales qui caractérisent tous les êtres vivants sans exception : celle d'être des objets doués d'un projet ».
Monod, Le hasard et la nécessité.

5)      La matière et l’esprit


« La lettre tue, mais l'esprit vivifie ».
Saint Paul, Epître aux Corinthiens, (2 Co, 3, 6).

« Je ne suis qu’une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit ».
Descartes, Méditations métaphysiques, II.

 « L'âme de l'homme est réellement distincte du corps, et toutefois elle lui est si étroitement conjointe et unie qu'elle ne compose que comme une même chose avec lui ».
Descartes, Abrégé des Méditations métaphysiques.

« Chaque portion de la matière peut être conçue comme un jardin plein de plantes (…) et chaque rameau de la plante (…) est encore un tel jardin ».
Leibniz, Monadologie, §67.

« L'esprit n'est lui-même que le produit le plus élevé de la matière ».
Engels, La fin de la philosophie classique allemande.

« La théorie de la relativité nous a appris que la matière représente d’immenses réservoirs d’énergie et que l’énergie représente la matière ».
Einstein, L’Evolution des idées en physique.

6)      La vérité


« Nous devons demeurer sans opinion, sans inclination, sans agitation ».
Pyrrhon.

« L’homme est la mesure de toute chose ».
Protagoras.

« Tous les hommes désirent naturellement savoir ».
Aristote, Métaphysique.

« Le faux et le vrai ne sont pas dans les choses, comme si le bien était le vrai et le mal, en lui-même le faux, mais dans la pensée ».
Aristote, Métaphysique.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ».
Descartes, Discours de la méthode.

« La volonté de vérité pourrait secrètement une volonté de mort ».
Nietzsche, Le gai savoir.

« Presque rien n'est plus inconcevable que l'avènement d'un honnête et pur instinct de vérité parmi les hommes. »
Nietzsche, Sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral.

« Ce qui est incompréhensible, c'est que le monde est compréhensible ».
Einstein, Comment je vois le monde.

Citations sur la culture

1)      Le langage

« La parole est l’existence extérieur du sens ».
Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.

« Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire les étiquettes collées sur elles ».
Bergson, Le Rire.

« Dire, c’est faire ».
Austin, Quand dire c’est faire.

« Le monde (…) devient humain (…) seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue ».
Arendt, Vies politiques.

« Ce dont on ne peut parler, il faut le faire ».
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus.

2)      L’art


« L'art, dans certains cas parachève ce que la nature n'a pas la puissance d'accomplir, dans d'autres cas il imite la nature. »
Aristote, Physique.

« Le beau est ce qui plaît universellement sans concept ».
Kant, Critique de la faculté de juger.

« Le jugement de goût est seulement contemplatif ; c'est un jugement qui, indifférent à l'existence de l'objet, ne fait que lier sa nature avec le sentiment de plaisir et de peine ».
Kant, Critique de la faculté de juger.

« Le génie est la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne ses règles à l’art ».
Kant, Critique de la faculté de juger.

« Le beau est toujours bizarre ».
Baudelaire, Les Fleurs du mal.

« Personne ne peut voir dans l'œuvre dans l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi ». Nietzsche, Humain, trop humain.

« L’art est le grand stimulant de la vie ».
Nietzsche, Crépuscule des idoles.

« Nous avons l’art afin de ne pas périr de la vérité ».
Nietzsche, La volonté de puissance.

« L’art n’a d’autre objet que d’écarter (…) tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à la réalité elle-même ».
Bergson, Le Rire.

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».
Paul Klee, Théorie de l’art moderne.

« L’art est un anti-destin ».
Malraux, Les Voix du silence.

« Ecrire un poème après Auschwitz est barbare ».
Adorno, Prismes : critique de la culture et société.

3)      Le travail et la technique


« L’homme est le plus intelligent des animaux parce qu’il a des mains ».
Anaxagore.

« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ».
Descartes, Discours de la méthode.

« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt ».
Hume, Traité de la nature humaine.

« Le travail éloigne de trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ».
Voltaire, Candide.

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe c’est de le transformer ».
Marx, Thèses sur Feuerbach.

« La promesse de la technique moderne s'est muée en menace ».
Jonas, Le Principe de responsabilité.

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ».
Jonas, Le Principe responsabilité.

4)      La religion


« La volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance ».
Spinoza, Ethique.

« Dieu ou la nature ».
Spinoza, Ethique.

« L'ignorance, la peur, voilà les deux pivots de toute religion ».
Baron d'Holbach, Système de la nature.

« La religion est le sens et le goût de l'infini ».
Schleiermacher, Discours sur la religion.

« La superstition est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage ».
Voltaire, Politique et législation.

« Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ».
Voltaire, Epîtres.

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».
Leibniz, Théodicée.

« La religion sans la conscience morale, n'est qu'un culte superstitieux ».
Kant, Réflexions sur l'éducation.

« La religion est (…) l’opium du peuple ». +++
Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel.

« La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l’humanité ».
Freud, L’Avenir d’une illusion.

« Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! »
Nietzsche, Le Gai Savoir.

« On trouve des sociétés qui n'ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n'y a jamais eu de société qui n'a jamais eu de religion ».
Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion.

« Quand Dieu se tait, on peut lui fait dire tout ce que l’on veut ».
Sartre, Le diable et le bon dieu.

5)      L’histoire


« On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ».
Héraclite.

« Il peut être vrai que la fortune soit maîtresse de la moitié de nos œuvres, mais elle nous en laisse gouverner à peu près l'autre moitié. »
Machiavel, Le Prince.

« Ce sont (…) les grands hommes historiques qui saisissent l'Universel supérieur et font de lui leur but ».
Hegel, La Raison dans l'Histoire.

« La devise de l’Histoire devrait être : Eadem, sed aliter – les mêmes choses, mais d’une autre manière ».
Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

« L’humanité se compose de plus de morts que de vivants ».
Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme.

« Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourraient exister sans faculté d’oubli ».
Nietzsche, La généalogie de la morale.

« L’histoire se répète : la première fois comme tragédie, la seconde comme comédie ».
Marx, Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes ».
Marx, Manifeste du parti communiste.

« La Société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétit, et ceux qui ont plus d’appétit que de dîners ».
Chamfort, Maximes et pensées, CXCIV.

« Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter ».
Santayana, La vie de la raison.

Citations sur le sujet

1) La conscience

"Se connaître soi-même, c'est cela la sagesse". +++
- Platon, Charmide, (citant Critias faisant référence et reprenant l’inscription inscrite sur le fronton du temple de Delphes : "Connais-toi toi-même").

"Je pense, donc je suis". +++
- Descartes, Discours de la méthode, IV.

"L’homme (...) est un roseau pensant". +++
- Pascal, Pensées, fragment 348 (Brunscwicg). 

"Auparavant, [l'enfant] se sentait ; maintenant, il se pense". +++
- Kant, Anthropologie d'un point de vue pragmatique, I, §1. 

"Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience". +++
- Marx, Contribution à la critique de l'Économie politique, « Avant-propos ».

"Toute conscience est conscience de quelque chose".  +++
- Husserl, Méditations cartésiennes, §2. 

"Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix !"
- Rousseau, Emile ou De l’éducation.

"Deviens ce que tu es".
- Nietzsche, Le Gai Savoir. 

2) La perception

« Dans les impressions, il n’y a pas de science ».
Platon, Théétète.

« La perception porte nécessairement sur une réalité singulière, tandis que la science consiste dans le fait de connaître l’universel ».
Aristote, Seconds Analytiques.

« Commençons par la considération des choses les plus communes, et que nous croyons comprendre le plus distinctement ».
Descartes, Méditations métaphysiques.

« Dans les sens, il n’y a point de jugement ».
Kant, Critique de la raison pure.

« La perception dispose de l’espace dans l’exacte proportion où l’action dispose du temps ».
Bergson, Matière et mémoire.

« Ce que chaque perception, même fausse, vérifie, c'est l'appartenance de chaque expérience au même monde ».
Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible.

3) L’inconscient

"Cent mille rien ne sauraient faire quelque chose". +++
- Leibniz, Nouveaux essais sur l'entendement humain, "Préface". 

"Une pensée vient quand "elle" veut et non pas quand "je" veux". +++
- Nietzsche, Par-delà bien et mal, I, §17.

"Ce que la volonté veut, c'est toujours la vie"+++
- Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, §54.

"Montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison". +++
- Freud, L’inquiétante étrangeté et autres textes, « Une difficulté de la psychanalyse ».

"L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique"+++
- Freud, L'interprétation des rêves, VII, E.

"L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps". +++
- Alain, Eléments de philosophie, II, 16, "Du mécanisme", "Note sur l'inconscient".

4) Autrui

« Un ami est un autre soi-même ».
Aristote, La Grande Morale.

« Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui, parce que c'était moi ».
Montaigne, De l'Amitié (parlant de son ami La Boétie).

« Le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande ».
Tocqueville, De la démocratie en Amérique.

« L’enfer, c’est les autres ».
Sartre, Huis clos.

« Le visage est (…) ce dont le sens consiste à dire : ‘‘Tu ne tueras point’’. »
Levinas, Ethique et infini.

« Tout ce qui est commun, dans le désir (…) signifie non l’harmonie, mais le conflit ».
René Girard, La Violence et le Sacré.

5) Le désir

"Notre ancienne nature est telle que nous étions un tout complet"+++
- Platon, Banquet (citant Aristophane qui fait l'éloge d'Eros en racontant le mythe de l'androgyne).

"Parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres sans fondement". +++
- Épicure, Lettre à Ménécée.

"Si tu désires quelqu'une des choses qui ne sont pas en notre pouvoir, tu seras malheureux". +++
- Épictète, Manuel.

"Ce n'est pas par la satisfaction du désir que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir".- Épictète, Manuel.

"Ne demande point que les choses arrivent comme tu les désires, mais désire qu'elles arrivent comme elles arrivent et tu prospéreras toujours".
- Épictète, Manuel.

"Nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous la désirons"+++
- Spinoza, Ethique, III.

"Le désir est l’essence même de l’homme".
- Spinoza, Ethique, III.

"Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde". +++- Descartes, Discours de la méthode, III (3e maxime de la morale par provision).

"La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui". +++
- Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, IV, § 57.

"Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède". - Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse.

"Nous ne savons renoncer à rien. Nous ne savons échanger qu’une chose contre une autre".
- Freud, Essais de psychanalyse appliquée.

"Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses".
- Proust, Les plaisirs et les jours.

6) L’existence et le temps

« Il n’y a pas de temps sans mouvement ou sans changement ».
Aristote, Physique.

« Le présent est court, l’avenir incertain ; le passé seul est assuré ».
Sénèque, De la brièveté de la vie.

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais bien. Si je veux l’expliquer à quelqu’un qui le demande, je l’ignore ».
Saint-Augustin, Confessions, VI, 14.

« Le présent d’ordinaire nous blesse ».
Pascal, Pensées, n°172 Brunchvicg, n°47 Lafuma.

« Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix ».
Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire.

« Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes ».
Kant, Critique de la raison pure.

« Le temps est ce qui empêche que tout soit donné tout d’un coup ».
Bergson, La pensée et le mouvant.

« L’existence est un fléchissement ».
Sartre, La Nausée.