samedi 30 avril 2016

"Nous proposons d'appeler organique la solidarité qui est due à la division du travail."

Commentaire

De la division du travail social (1893) est un ouvrage classique de la sociologie. Il constitue la thèse de doctorat d'Emile Durkheim (1858-1917). Durkheim distingue la division du travail technique de la division du travail social : si la première consiste à diviser le processus de travail en plusieurs tâches simples, la seconde concerne la spécialisation du travail par groupes et l'établissement de professions particulières. Son objectif dans cet ouvrage est de rendre compte de l'anomie (du grec anomia : "absence de loi, d'ordre") qui désigne l'affaiblissement des normes sociales réglant la conduite des individus dans une société.

Le texte ci-dessous est extrait du premier des trois livres que compte De la division du travail social. Ce premier livre porte sur la fonction de la division du travail. Durkheim vient d'évoquer la solidarité mécanique propre aux sociétés traditionnelles : dans ces sociétés, l'influence du groupe social sur les croyances et les valeurs est forte et les individus se ressemblent. La solidarité des sociétés modernes est différente en ce qu'elle est organique : les croyances et les valeurs sont individualisées, les individus se différencient et ont des rôles sociaux distincts.

vendredi 29 avril 2016

"Le bestial devient l'humain et l'humain devient le bestial"

Commentaire

Les Manuscrits de 1844 regroupent trois manuscrits écrits par Karl Marx (1818-1883) lors de son exil à Paris alors qu'il n'avait encore que 26 ans. Ces manuscrits n'étaient pas destinés à être publiés et ne le seront qu'en 1932. En outre, une partie de ces manuscrits étant perdue, il s'agit d'un livre recomposé par les éditeurs de Marx, à la fois inachevé et incomplet. Il permet toutefois d'appréhender sa doctrine d'un point de vue plus philosophique qu'économique et, notamment, de revenir sur la question de l'aliénation humaine. 

Le texte ci-dessous est extrait du premier manuscrit et, plus précisément, d'une partie intitulée "Le travail aliéné". Marx vient d'énoncer le paradoxe suivant : dans le capitalisme, "l'ouvrier devient d'autant plus pauvre qu'il produit plus de richesse". L'ouvrier produit des marchandises et pendant qu'il les produit, ces marchandises prennent de la valeur. Or cette valeur constitue l'objectivation du travail de l'ouvrier et l'ouvrier s'en trouve dépossédé : il est réduit lui-même, par l'intermédiaire de son travail, à une marchandise. Il se trouve réifié et donc aliéné par son travail. Marx poursuit ici son analyse de l'aliénation non plus de l'ouvrier, mais du travail lui-même.

jeudi 28 avril 2016

"C'est à la division du travail qu'est originairement due l'invention de toutes ces machines propres à abréger et à faciliter le travail"

Commentaire

Dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith (1723-1790) s'oppose à la doctrine des Physiocrates pour qui l'origine de la valeur se trouve dans la terre. Pour lui, c'est le travail humain qui constitue la valeur. Contrairement aux Physiocrates qui analysent le capitalisme agraire, Smith se concentre sur le capitalisme manufacturier qui émerge à son époque. Il part ainsi d'une notion qu'il considère fondamentale au sein de la manufacture : celle de la division du travail.

Le texte ci-dessous est extrait du premier chapitre de la Richesse des nations. Smith vient de citer l'exemple célèbre de la manufacture d'épingles : là où un ouvrier réalise quelques épingles par jour en effectuant la totalité du processus de production, il remarque qu'il est possible d'augmenter considérablement la production en divisant les tâches (en 18 opérations distinctes) et en les répartissant entre plusieurs ouvriers. Smith note trois avantages à cette subdivision des tâches : 
  • l'habilité des ouvriers : ils se spécialisent et à force de répéter la même action, ils la réalisent mieux ;
  • le gain de temps : les ouvriers ne changent pas de postes de travail ni d'outils ;
  • l'invention de machine : la simplification des tâches permet l'automatisation. 

mercredi 27 avril 2016

"Nous nous rendrons comme maîtres et possesseurs de la nature"

Commentaire

L'ambition de Descartes (1596-1650), en publiant son Discours de la méthode (1637), est de contribuer à l'amélioration des conditions de vie des hommes. Il résume ainsi l'objectif de sa publication dans la sixième partie : joindre "les vies et les travaux de plusieurs" afin d'aller "tous ensemble beaucoup plus loin que chacun en particulier ne saurait faire" (Pléiade, p. 169). Ce Discours constitue une préface à trois traités scientifiques : la Dioptrique, les Météores et la Géométrie et se présente comme une nouvelle manière d'aborder les sciences. 

Le texte que nous étudions ci-dessous se trouve justement à la partie VI, quasiment au début de celle-ci. Descartes vient d'indiquer que les résultats auxquels il était parvenu en physique ne contredisent pas les conclusions que Galilée avait tirées portant sur le mouvement de la terre et qui lui avaient valu une condamnation par l'Eglise en 1633. Mais pour cette raison, Descartes renonce à publier son projet initial qui devait s'intituler le Traité du monde et dans lequel il défendait l'héliocentrisme (théorie selon laquelle c'est le soleil qui se situe au centre de l'univers et non pas la terre comme le prétendent les tenants du géocentrisme). Plutôt que de travaux physiques, il va donc être question de ses travaux de philosophie : il faut réformer les esprits, c'est-à-dire les méthodes de pensée, avant d'entreprendre de les convaincre que le monde est régi par des lois physiques.


mardi 26 avril 2016

"Sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile"

Commentaire

Dernier des dialogues de jeunesse ou début de ceux de la maturité, le Protagoras (ou Des Sophistes, vers 388 av. J.-C.) est un dialogue dont la place dans l'oeuvre de Platon (428-348) est incertaine. Son objet est de déterminer si la vertu peut faire l'objet d'un enseignement. Protagoras est un sophiste qui fait profession d'enseigner un art de la prudence permettant de diriger son foyer et sa cité. Socrate critique cette prétention car il est particulièrement difficile de parvenir à dire ce qu'est la vertu. 

Le texte ci-dessous constitue l'exposé du mythe de Prométhée que l'on trouve déjà chez Hésiode (Théogonie) et dont Platon s'inspire. Ce mythe explique pourquoi Prométhée déroba le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Il est raconté par Protagoras et est destiné à répondre à Socrate qui a soulevé l'argument suivant : sur un sujet technique, seuls les spécialistes ont un avis, or dans le cas de la politique, n'importe qui se sent légitime à en avoir un. Le mythe permet à Protagoras de montrer que Zeus a donné à chaque homme la vertu civile pour contrebalancer la puissance que donne aux hommes la maîtrise du feu et des techniques.

dimanche 24 avril 2016

Cours - L'art

Introduction

Dans son sens le plus commun, l'art est un ensemble de moyens ou de procédés qui tendent à une fin. Par exemple, la menuiserie est un art destiné à la mise en forme du bois. Ce type d'art est celui de l'artisan qui dispose de la connaissance technique nécessaire à la fabrication d'un objet selon certaines règles : le menuisier fabrique des meubles, le boulanger produit du pain, etc. L'étymologie renvoie d'ailleurs à cette définition du mot art : il vient du latin ars, qui traduit le grec tekhnê, radical de technique. L'art est ce qui suppose un savoir-faire. Les expressions "les arts et les techniques" ou "les arts et métiers" relèvent de ce sens du mot "art" : "les arts" désignent toute forme d'activité manifestant ou impliquant une maîtrise technique. 

Cependant, une autre définition est possible : quand on parle de "l'art" en faisant référence aux œuvres exposées dans les galeries et les musées, on entre dans la catégorie des "beaux-arts", avec l'idée qu'il existerait un domaine spécifiquement artistique, celui de la création du beau. Cette distinction entre l’artiste et l’artisan émerge au XVIIIe siècle. L’artiste apparaît comme le créateur original et génial d’une œuvre, alors que l’artisan applique un savoir technique transmissible par l’enseignement. Un écart se creuse ainsi entre d’un côté, les "beaux-arts" et de l’autre, les "arts et métiers". Le mot art prend donc une valeur esthétique au détriment des autres significations. 

"L’art est le grand stimulant de la vie"

Commentaire

Dans Le Crépuscule des idoles (1888), Nietzsche (1844-1900) cherche à surprendre un certain nombre d'idées que nous adorons pour les conduire au crépuscule : il leur reproche de nuire à la vie et d'empêcher l'homme de s'épanouir. Sa méthode est celle du coup de marteau : à la manière d'un médecin qui ausculte son patient, il fait parler ces idoles pour mettre en évidence leur essence mortifère : elles ont rendu l'homme malade et il convient donc de s'en défaire. 

L'ouvrage se compose de onze parties. Le texte commenté est extrait de la partie intitulée "Flâneries inactuelles".  Nietzsche a d'abord fait état d'un certain nombre de ses "impossibilités", c'est-à-dire des philosophes, poètes ou musiciens qu'il rejette en bloc et au rang desquels il faut compter Sénèque, Kant, Dante, Hugo ou Liszt. Il estime aussi que la théorie darwinienne est exacte à ceci près que ce ne sont pas les forts qui triomphent de la lutte pour la vie, mais les faibles parce qu'ils sont plus nombreux. Il en vient ensuite à des réflexions sur le mouvement de l'art pour l'art qui est, selon lui, d'abord un rejet de la morale chrétienne. 

samedi 23 avril 2016

"Le beau se définit comme la manifestation sensible de l’idée"

Commentaire

L'Esthétique (1835) est la réunion de notes de cours que Friedrich Hegel (1770-1831) donne à l'université de Berlin entre 1818 et 1830. Ces notes présentent son système philosophique sous l'angle de la philosophie de l'art que Hegel nomme aussi esthétique. Pour lui, l'art constitue l'une des trois figures de la vie de l'esprit avec la religion (sous forme d'intuition intérieure) et la philosophie (sous forme conceptuelle). Le but final de l'art est donc aussi, comme dans la religion et la philosophie, de révéler la vérité.

Le texte ci-dessous est extrait du premier chapitre de la première partie de ce cours et concerne l'idée du beau en général. Hegel commence par définir le beau comme "l'idée du beau", mais une idée qui est "concrète", "réalisée" (1°, "L'idée"). Pour lui, l'idée est l'essence de toute existence dont les objets visibles ne sont que la réalisation extérieure. Ainsi, tout ce qui existe n'a de vérité qu'autant qu'il est l'idée passée à l'état d'existence : ce qui apparaît comme réel aux sens et à la conscience est vrai parce qu'il réalise l'idée.

"Le génie est le talent qui permet de donner à l'art ses règles"

Commentaire

La Critique de la faculté de juger (1790) comprend deux parties : la première porte sur le jugement esthétique et la seconde traite du jugement téléologique (du grec télos : le but). L'artiste n'a pas toujours conscience de ce qu'il cherche à faire lorsqu'il conçoit une oeuvre. Peut-être, suggère Kant, n'est-il en fait que le moyen dont se sert la nature pour nous dire quelque chose. Ainsi est posée la question du génie, don de la nature, en rapport avec la finalité de l'art.

Dans le texte ci-dessous, le § 46, Kant explique sa définition du génie. Auparavant, au § 44, il a établi que les arts esthétiques, dont font partie les beaux arts avec les arts d'agrément (la conversation ou la cuisine par exemple), ne visent pas la jouissance pour la sensation, mais "un plaisir de la réflexion". Les beaux-arts donnent ainsi l'apparence d'être un libre produit de la nature : ils ne laissent apparaître ni l'intention de l'artiste, ni l'effort pénible qui a été le fruit de sa création.

mercredi 20 avril 2016

"Le beau est ce qui est représenté sans concept comme objet d'une satisfaction universelle"

Commentaire

La Critique de la faculté de juger (1790) est souvent appelée la troisième critique (elle succède aux critiques de la raison pure et de la raison pratique). En étudiant la faculté de juger qui est la faculté consistant à penser le particulier comme compris sous l'universel, Emmanuel Kant (1724-1804) cherche à compléter son œuvre critique qui s'intéresse d'une part, à l’usage théorique de la raison comme fondement de la connaissance de la nature et d'autre part, à l'usage pratique de la raison comme source de toute action morale. Cette troisième critique se divise en deux parties : la première est consacrée à l’esthétique (analyse du jugement esthétique) et la deuxième à la téléologie (analyse de la place de la nature). 

Le § 6 que nous étudions ci-dessous se trouve au tout début du deuxième moment de l’ « Analytique du beau ». Il énonce la définition célèbre du beau selon Kant : ce qui plaît universellement sans concept. Dans le paragraphe précédent (§ 5), Kant a comparé la satisfaction que procure l’agréable, le beau et le bon. Dans le cas du bon et de l’agréable, la satisfaction entretient un lien avec l’objet : l'agréable est lié au besoin, c'est ce qui procure un plaisir et le bon est ce qui est estimé ou respecté. Ainsi qu’il le souligne au § 7, l’agréable renvoie à l’expression "à chacun son goût" : chacun est la mesure de ce qu’il trouve ou non agréable, c’est purement subjectif. Quant au bon, il se distingue du beau en ce qu’il peut être défini et représenté par un concept, c'est purement objectif. Mais quand nous disons "c’est beau", nous exprimons une satisfaction qui n'est ni purement subjective, ni purement objective. Qu'est-ce à dire ? 

mardi 19 avril 2016

"Il y a donc trois espèces de lit"

Commentaire

Platon (428-348 av. J-C.) est réputé pour avoir réalisé dans La République (385-375 av. J.-C) une critique acerbe de l'art d'imitation (mimèsis en grec). Dans cet ouvrage, sa réflexion porte sur la nature de la justice. L'analyse réalisée au livre IV montre que l'individu, tout comme la Cité, se divise en différentes parties : l'esprit (noûs), le coeur (thumos) et le ventre (épithumia). La justice consiste à subordonner les parties inférieures au noûs afin que toutes concourent à la recherche de la vérité. Le problème est que les arts imitatifs entretiennent la confusion sur la nature de la vérité.

Le texte ci-dessous est extrait du Livre X. Platon a déjà dénoncé au Livre III le risque de mensonge inhérent à tout art d'imitation. Pour cette raison d'ailleurs, il avait préconisé la censure de la poésie, par exemple des représentations de l'Hadès (l'équivalent de l'enfer pour les Grecs) comme un lieu de souffrance au motif qu'elles ne sont ni vraies ni utiles à de futurs guerriers (386c) ou encore les passages de l'Iliade où Achille se lamente parce qu'ils montrent un héros dans une situation indigne de l'homme courageux que doit créer la Cité (387a). 

lundi 18 avril 2016

"Si l'on se plaît à voir des représentations d'objets, c'est que cette contemplation nous instruit"

Commentaire

Dans La Poétique (355 av. J-C. environ), Aristote (384-322 av. J.-C.) traite de l'art poétique et plus précisément de la tragédie, de l'épopée et de l'imitation. L'imitation (en grec mimesis) caractérise pour Aristote comme pour Platon le travail de l'artiste. Mais, contrairement à Platon, Aristote ne voit pas dans l'oeuvre d'art une illusion. La mimèsis n'est pas chez lui une imitation des apparences. 

L'extrait ci-dessous est un texte célèbre issu du chapitre IV et qui porte sur le plaisir de l'imitation. C'est à partir de ce passage qu'on a fait d'Aristote le théoricien de l'art comme imitation au sens de représentation exacte des choses. Ainsi entendu, le plaisir de la contemplation reviendrait à admirer la précision avec laquelle l'artiste serait parvenu à copier le réel et à reproduire les traits jusqu'aux moindres détails. 

Cours - Le désir

Introduction

Le désir est un terme qui se trouve au carrefour de plusieurs autres notions telles que le besoin, le plaisir, l'envie, l'espérance, la volonté, etc. Lorsque j'arrive à la terrasse d'un café et que le serveur me demande ce que je désire, ce désir peut être un besoin, par exemple, si j'ai très soif, mais je peux aussi désirer une boisson particulière moins par besoin que par envie, pour le plaisir, pour la santé, etc. Je peux aussi désirer boire quelque chose que j'ai peu de chances de trouver, alors mon désir se rapproche davantage de l'espoir. Il est aussi possible de désirer une personne, de se sentir attiré par elle, on parle alors d'un désir charnel. 

Le désir se définit donc par un manque. Je désire parce que je n'ai pas ce que je désire. En ce sens, le désir porte en lui l'idée de quelque chose d'inatteignable au moment où il est formulé. Il est aussi une tension vers un but : le désir vise la satisfaction. Par rapport au besoin, qui semble plus proche de la nécessité, le désir paraît davantage relever d'un choix, il est en quelque sorte, plus spirituel. Le désir ne se confond pas non plus avec la volonté au sens où la volonté conduit à une organisation rationnelle des moyens en vue de l'obtention d'une fin. Le désir est plutôt une tension  vers une satisfaction. 

"La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui"

Commentaire

Le Monde comme volonté et comme représentation (1818) est un ouvrage qui fait du pessimisme davantage qu'une disposition à voir le verre à moitié vide : il devient, sous la plume de Schopenhauer (1788-1860) une doctrine philosophique selon laquelle le mal l'emporte sur le bien dans un monde qui est l'œuvre d'une volonté indifférente au bien et au mal. Pour Schopenhauer, le monde s'identifie avec la volonté, concept qui lui est propre, et qu'il conçoit comme un désir de vie aveugle et sans but. 

Le texte ci-dessous est extrait du livre IV. Dans le §54, Schopenhauer explique que la volonté se confond avec la vie elle-même au point que l'expression "volonté de vivre" lui apparaît comme un pléonasme. Le §57 est l'occasion pour lui de revenir sur la condition humaine qui est un effort permanent pour la survie : la satisfaction des besoins primaires (se nourrir), la perpétuation de l'espèce, la peur de la mort, sont autant de contraintes avec lesquelles il faut vivre. 

dimanche 17 avril 2016

"Nous jugeons qu'une chose est bonne parce que nous la désirons"

Commentaire

L'Ethique (1677) a été éditée quelques mois après la mort de Spinoza (1632-1677). La forme de l'ouvrage imite celle d'un traité de géométrie avec des définitions, des propositions, des démonstrations et des scolies (qui sont des remarques ou des notes au sujet des propositions). Il comporte cinq parties traitant respectivement de Dieu, de l'âme, des passions, de la force des passions (esclavage de l'homme) et enfin de la force de l'entendement (liberté de l'homme). 

Le texte ci-dessous est extrait du livre III traitant des passions (ou "des affections" dans la traduction de Charles Appuhn). La proposition 9 que nous étudions est une conséquence de la proposition 6 selon laquelle "chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être". Cet effort  (conatus en latin) signifie que toute chose cherche à se conserver et à augmenter sa puissance d'être. La proposition 7 pose que "l'effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n'est rien de plus que l'essence actuelle de cette chose", ce qui signifie que le conatus renvoie à définition même de toute chose. 

samedi 16 avril 2016

"Changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde"

Commentaire

Le Discours de la méthode (1637) est, à l'origine, une préface à des travaux de physiques réalisés par Descartes et dont l'objet est de présenter sa méthode qu'il veut radicalement nouvelle. Comme il le souligne dans ce Discours : "si j'écris en français, qui est la langue de mon pays, plutôt qu'en latin, qui est celle de mes précepteurs, c'est à cause que j'espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure jugeront mieux de mes opinions que ceux qui ne croient qu'aux livres anciens" (VI). 

Bien que ces essais aient pour but d'appliquer la raison à des sujets scientifiques, Descartes n'hésite pas à évoquer également ses conceptions relatives aux questions de morale. Sa nouvelle méthode le conduit à remettre en chantier tout l'édifice de la connaissance, mais pendant ce temps, il faut bien vivre et ne point demeurer irrésolu dans ses actions, d'où la nécessité pour lui d'établir ce qu'il appelle "une morale par provision" (III), c'est-à-dire une morale en attendant la fin des travaux qu'il a entrepris dans la connaissance. Cette morale se compose de "trois ou quatre maximes" (la dernière faisant office de conclusion) :

  • obéir aux lois et aux coutumes de son pays ;
  • se tenir aussi ferme et résolu dans ses actions que possible ;
  • changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde ;
  • employer toute sa vie à cultiver sa raison.


"Si tu désires quelqu'une des choses qui ne sont pas en notre pouvoir, tu seras nécessairement malheureux"

Commentaire

Le Manuel (vers 150 environ) n'a pas été directement écrit par Epictète (50-130), philosophe appartenant à l'école stoïcienne, mais par Arrien, l'un de ses disciples, qui compila les enseignements de son maître dans un petit livre afin de pouvoir emmener un compendium de sa doctrine partout avec lui. Les maximes de cet ouvrage s'adressent à l'apprenti philosophe, d'où l'emploi régulier de la deuxième personne du singulier.

Le texte ci-dessous est extrait qui se trouve au début du Manuel. Au commencement, il invite à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. Or les désirs font justement partie de ce qui dépend de nous, et plus généralement, de tout ce qui dépend de notre volonté. En revanche, tout ce qui concerne les événements de notre vie n'en dépendent pas et sont incontrôlables. Il faut donc éviter de se laisser affecter par eux et c'est à cela que servent les exercices spirituels du Manuel : s'habituer à déplacer le regard que l'on porte sur les choses qui adviennent et sur lesquelles nous ne pouvons rien.

jeudi 14 avril 2016

"Parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres sans fondement "

Commentaire

Epicure (341-270 av. J.-C.) a écrit une oeuvre immense dont il nous reste peu de choses. Dans cette Lettre à Ménécée, nom d'un disciple d'Epicure, il est question de morale. Epicure cherche à le convaincre de consacrer sa vie à la philosophie car elle permet d'atteindre le bonheur. Contrairement à ce qu'on pense souvent, l'épicurisme n'est pas une morale valorisant le plaisir à outrance. Il s'agit au contraire de mesurer les plaisirs, de les rationaliser, afin d'atteindre la paix intérieure.

Dans l'extrait ci-dessous, Epicure réalise une hiérarchie des désirs : "parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres sans fondement" et "parmi ceux qui sont naturels, les uns sont nécessaires et les autres naturels seulement". Il déclare faire "une étude rigoureuse", rationnelle, pour classer les désirs. Son objectif est d'exclure, après examen, les désirs qui ne sont pas essentiels soit à notre survie, soit à notre bonheur, et ce, en vue de l'ataraxie, c'est-à-dire de l'absence de troubles, de la tranquillité de l'âme (tout comme le stoïcisme, l'épicurisme vise l'ataraxie). 

"Notre ancienne nature est telle que nous étions un tout complet"

Commentaire

Le Banquet est un dialogue dit de maturité écrit par Platon vers -380 environ. Il a pour thème principal l'amour. Il se présente comme une série de discours prononcés successivement par les convives d'une soirée dont Socrate fait partie. Chaque discours - il y en a sept en tout - se présente comme un éloge d'Eros, dieu grec de l'amour. 

L'extrait ci-dessous provient du quatrième discours, celui d'Aristophane. Ce dernier donne à son discours une forme mythique pour rendre raison de l'existence de l'amour : à l'origine explique-t-il, les êtres humains avaient la forme d'une boule surmontée de deux têtes, quatre bras, quatre oreilles, deux sexes, etc. Ce mythe platonicien est connu sous le nom de mythe de l'androgyne. En raison d'un mauvais comportement, Zeus les punit en les coupant en deux. Mais depuis cet événement, chacun serait à la recherche de sa "moitié" perdue.

mercredi 13 avril 2016

Cours - L'inconscient

Introduction

Dans les usages courant du mot, le terme "inconscient" renvoie tout d'abord à la perte de conscience : d'une personne qui s'évanouit, on dira qu'elle est restée inconsciente quelques minutes. En ce sens, est inconscient ce qui est privé de conscience. On dira aussi de quelqu'un qu'il est "inconscient" s'il commet un acte irréfléchi ou irresponsable, s'il ne se rend pas compte de ce qu'il fait. Ici "inconscient" peut même signifier fou ou, à tout le moins, déraisonnable. L'inconscient peut désigner enfin ce qui échappe à la conscience : les choses faites par habitude par exemple sont le résultat d'un processus inconscient. Le rêve est également le résultat d'un processus inconscient.   

De ces usages, il ressort deux sens possibles : 
  • un sens négatif : l'inconscient est défini par rapport à ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire ce qui est dépourvu de conscience ;
  • un sens positif : l'inconscient  renvoie à une activité psychique non consciente (le rêve, l'habitude, etc.). 
L'étymologie permet de circonscrire ces deux sens : inconscient vient du latin in-conscirein signifie l'opposition ou l'empêchement et conscire "avoir conscience de".

"L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps"

Commentaire

Les Eléments de philosophie (1916) ont été écrits par le philosophe Emile Chartier (1868-1951), plus connu sous le nom d'Alain, pendant la guerre de 14. Ils constituent une série de textes visant à clarifier certains problèmes de philosophie. Ils se composent de trois livres traitant respectivement de la connaissance par les sens, de l'expérience méthodique et de la connaissance discursive. 

L'extrait ci-dessous reproduit l'intégralité de la "Note sur l'inconscient" qui se trouve au chapitre XVI consacré au mécanisme (Livre II). Il est l'occasion pour Alain de revenir sur "cet abrégé du mécanisme" qu'est l'inconscient. Le mécanisme est, selon Alain, la doctrine d'après laquelle tous les changements dans l'univers sont des mouvements. Il critique toutefois la tendance à la simplification de la doctrine, notamment chez les disciples. Il faut toujours garder à l'esprit que rien dans les apparences n'impose l'hypothèse du mouvement et donc maintenir une certaine rigueur dans les analyses. 

"Montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison"

Commentaire

Introduction à la psychanalyse (1917) est une série de leçons professées par Freud (1856-1939) entre 1915 et 1917. Il cherche alors à convaincre son auditoire du caractère scientifique de la psychanalyse et de l’importance qu’elle revêt dans l’histoire de la pensée humaine. Destiné à un public de non spécialistes, il expose de manière accessible les principaux concepts de la psychanalyse. Il se divise en trois parties : les actes manqués, le rêve et la théorie générale des névroses.

Le texte ci-dessous est extrait de la troisième partie consacrée à la théorie générale des névroses. Freud explique pourquoi, selon lui, la psychanalyse et sa découverte concernant l'importance de l'inconscient dans la vie psychique, essuient de virulentes critiques. Son idée est que cette résistance s'explique parce qu'elle blesse le narcissisme humain. Freud réinscrit cette blessure dans l'histoire des sciences et en fait la troisième blessure narcissique de l'humanité. 

"Une pensée vient quand "elle" veut, et non pas quand "je" veux"

Commentaire 

Par-delà bien et mal (1886) est un ouvrage de Nietzsche (1844-1900) rédigé sous forme aphoristique (pensée exprimée sous forme de phrases courtes). Chaque aphorisme s'offre comme une perspective possible sur les choses et Nietzsche affirme qu'il n'existe qu'une multitude de perspectives sur les choses et pas de chose en soi (position philosophique que l'on appelle le perspectivisme). Il commence son livre par la revue des préjugés des philosophes et notamment ce qu'il appelle la volonté de vérité, puis s'intéresse à la confiance qu'ils ont dans le langage et la grammaire. C'est de ce dernier point que traite le §17. 

Dans le texte ci-dessous, Nietzsche s'attaque en effet à la logique, science des raisonnements et s'en prend plus particulièrement aux logiciens qu'il qualifie de "superstitieux". Cette accusation à leur encontre est paradoxale puisque la superstition désigne une croyance irrationnelle. Or Nietzsche s'appuie sur un constat d'expérience, ce qu'il appelle par euphémisme "un tout petit fait" : "une pensée vient quand "elle" veut, et non pas quand "je" veux". Il arrive qu'une pensée nous vienne à l'esprit sans que nous le voulions. Il nous arrive aussi parfois de ne pas parvenir à nous souvenir d'une idée alors que nous essayons de nous en rappeler. Aussi, au lieu de dire "je pense", il vaudrait mieux dire "ça pense". Que quelque chose en nous pense, cela est certain, mais dire que l'on peut attribuer cette pensée à un "je", à un sujet, c'est pour Nietzsche, une simple "supposition" ou en tout cas, loin d'être une "certitude immédiate". 

mardi 12 avril 2016

"Ce que la volonté veut, c'est toujours la vie"

Commentaire

Le Monde comme volonté et comme représentation (1818) est le grand ouvrage de Schopenhauer (1788-1860). Il se compose de quatre livres étudiant tour à tour la représentation et la volonté. L'idée de Schopenhauer est que le monde est l'objet d'une représentation et qu'il n'est même que cela : objet que par rapport à un sujet, perception que par rapport à un esprit percevant. La conscience n'est donc que la représentation des choses pour un sujet. Mais il ajoute que le monde est aussi volonté et que cette volonté renvoie à une réalité en soi source de toutes les représentations. 

Le texte ci-dessous est extrait du début du §54 qui se trouve au livre IV du Monde. Ce livre traite de la volonté se connaissant elle-même, s'affirmant et se niant. Ce début de paragraphe est l'occasion pour Schopenhauer de revenir sur les acquis des trois premiers livres. Il réaffirme que le monde en tant que représentation offre à la volonté un miroir où elle prend connaissance d'elle-même. La volonté permet d'expliquer tous les actes de l'homme et la raison permet de prendre conscience de celle-ci. 

lundi 11 avril 2016

"L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient"

Commentaire

L'interprétation du rêve (1900) ou Traumdeutung en allemand est l'un des plus importants ouvrages de Freud (1856-1939). Il s'agit de la première publication d'un livre de psychanalyse. Freud réalise dans cet ouvrage son auto-analyse à partir de ses rêves. Par ce geste, il universalise sa théorie : l'inconscient ne doit pas être un sujet de préoccupation pour les seuls malades, mais il concerne le fonctionnement psychique de tout individu. 

Après avoir étudié la littérature scientifique portant sur le rêve (chapitre I), Freud développe sa théorie générale du rêve (chapitre II à V) : il décrit sa méthode d'interprétation et affirme que le rêve consiste à accomplir le désir. Dans les deux derniers chapitres (VI et VII), Freud expose les processus propre à l'inconscient et propose sa première topique, une répartition du psychisme en trois pôles : inconscient, préconscient et conscient (il développe en 1920 une seconde topique complémentaire : moi, ça et surmoi).

dimanche 10 avril 2016

Cours - La conscience

Introduction

Que signifie l'expression "prendre conscience de quelque chose" ? On l'emploie par exemple lorsqu'on fait un retour sur soi, qu'on se rend compte d'une chose que l'on n'avait pas aperçu auparavant, dont on n'avait pas conscience. On suggère que l'on n'a pas pris le temps de réfléchir à nos actions.

On utilise aussi l'expression "se donner bonne conscience" ou "avoir mauvaise conscience". On entre alors dans la sphère morale : par exemple, lorsqu'on accomplit une bonne ou une mauvaise action. On parle aussi de "conscience professionnelle" pour signifier qu'on a bien effectué son travail. Ou encore lorsqu'on dit à propos d'une question épineuse qu'il s'agit d'une "affaire de conscience", on renvoie alors au sens moral d'une personne pour juger de la décision à prendre. 

"C'est l'existence sociale qui détermine la conscience des hommes"

Commentaire

Dans sa Contribution à la critique de l'économie politique (1859), Karl Marx (1818-1883) forme l'ébauche de ce qui reste dans l'histoire de la pensée économique et politique son ouvrage majeur : le Capital (1867). Cette Contribution se compose de deux chapitres, l'un revient sur l'analyse de la marchandise, l'autre sur la monnaie. 

L'avant-propos de l'ouvrage permet à Marx de revenir sur les principaux apports conceptuels de son travail et, notamment, sur la question de la superstructure. Ce terme désigne chez lui tout ce qui est représenté par les idées, les idéologies, le droit, etc. Cet ensemble dépend de la base économique, de l'infrastructure, qui désigne la réalité économique fondamentale déterminant tous les phénomènes sociaux. 

"Toute conscience est conscience de quelque chose"

Commentaire

Les Méditations cartésiennes s'offrent comme une Introduction à la phénoménologie (sous-titre de l'ouvrage). Edmund Husserl (1859-1938) présente les concepts fondamentaux de sa philosophie qui porte sur la façon dont les objets apparaissent à la conscience (phénoménologie vient du grec phainomenon : "ce qui apparaît"). Ces Méditations sont issues de conférences prononcées à la Sorbonne en 1929. 

Le titre de l'ouvrage rappelle celui de Descartes intitulé Méditations métaphysiques. Husserl s'inscrit en effet dans le sillage de Descartes en reprenant la démarche de pensée de ce dernier qui a permis de mettre au jour le cogito en tant que manifestation de la conscience considérée comme évidence indubitable. Husserl appelle cela l'apodicticité de l'ego, c'est-à-dire que le "je pense" (en latin ego cogito) apparaît comme une vérité nécessaire (ou apodictique). C'est pourquoi d'ailleurs il peut servir de principe à la philosophie.

samedi 9 avril 2016

"Je pense, donc je suis"

Commentaire


Ecrit en français et non en latin comme c'était souvent le cas à l'époque, le Discours de la méthode (1637) constitue à l'origine une préface à trois textes de Descartes intitulés la Dioptrique, les Météores et la Géométrie. A destination de tout individu doté de bon sens et pas seulement d'un public d'érudits, ce Discours se veut une présentation accessible de sa méthode pour découvrir le vrai. 

Dans le texte ci-dessous, Descartes revient sur les circonstances de la découverte du cogito, premier principe de sa philosophie. Le passage se trouve au début de la quatrième partie du Discours. Dans la première, il a fait quelques considérations sur les sciences, notamment sur le bon sens, "chose du monde la mieux partagée". Puis, il a évoqué les quatre règles de sa méthode (II) et les quatre maximes de sa morale provisoire (III). Il en vient à ses découvertes métaphysiques.

"L'homme est un roseau pensant"


Commentaire

Dans les Pensées (1670), Blaise Pascal (1623-1662) écrit que l'homme est à la fois grand et misérable, c'est-à-dire digne d'admiration et pourtant faible et malheureux. Cette affirmation paradoxale  permet de distinguer l'homme des autres êtres car "un arbre ne se connaît pas misérable" (Pensées, fragment 347, édition Brunschwicg). Ainsi, c'est dans la connaissance de sa petitesse que réside particulièrement la grandeur de l'homme. 

Pour mieux se faire comprendre, Pascal recourt à une image : "l'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant" (Pensées, fragment 348, édition Brunschwicg). L'image du roseau renvoie à la faiblesse de l'homme. On pense notamment à la fable de La Fontaine : "Le Chêne et le Roseau". Dans cette fable, le Chêne arrogant et prétentieux méprise le Roseau et le plaint de sa fragilité et de sa sensibilité extrême aux vents. Mais le Roseau s'empresse de le mettre en garde, sa compassion est inutile : "je plie, mais ne romps pas". Et en effet, ce que nous apprend la morale de la fable, c'est que le vent du Nord déracine le Chêne et ne laisse derrière lui que le Roseau.

"Se connaître soi-même, c'est cela la sagesse"

Commentaire

Le Charmide (ou De la sagesse) est un dialogue de Platon appartenant à la catégorie des dialogues de jeunesse (écrits entre -399 et -390 avant J.-C.). A cette époque, Platon s'efforce de reproduire la pensée de son maître Socrate. Dans Charmide, il le montre discutant avec Critias à la recherche d'une définition de la sagesse. Après avoir écarté plusieurs définition, Socrate en vient à examiner une nouvelle proposée par Critias : la sagesse consiste à se connaître soi-même. 

"Connais-toi toi-même" est une devise qui est inscrite sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes. On la retrouve mentionnée dans plusieurs dialogues de Platon (Philèbe, Protagoras, Premier Alcibiade et Phèdre). Elle est formulée à la manière d'un commandement : on enjoint le visiteur du temple à se connaître par lui-même. Pour Critias, cette phrase est une invitation à la sagesse, même si son expression reste énigmatique, faite "à la manière des devins" (Apollon était le dieu grec des prophéties). Il se fait ainsi le porte-parole d'une croyance répandue chez les Grecs consistant à dire que la sagesse passe par la connaissance de soi. 

"Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais"

Commentaire

Les Confessions d'Augustin d'Hippone (354-430) ont été écrites entre  397 et 401 : il s'agit d'une oeuvre autobiographique composée de treize livres, dont les neuf premiers sont consacrés au récit allant de l'enfance à la conversion au christianisme et les quatre derniers s'offrent comme des réflexions plus philosophiques sur les problèmes de la vie tels que l'amour, la volonté, la culpabilité, etc. 

Le livre XI porte sur les problèmes de la création, de l'éternité et du temps. Dans le chapitre XII, Augustin s'interroge sur l'occupation de Dieu avant la création du monde. Il répond qu'il ne faisait rien et pour une raison simple : le temps n'existait pas encore. Au chapitre XIII, il précise que Dieu est hors du temps et que le temps a été créé avec le reste de la création. L'être éternel de Dieu est opposé à l'être temporel de l'homme, ce qui fait du temps une question proprement humaine. 

vendredi 8 avril 2016

"Un respect mêlé d'effroi"

Commentaire

Paru en 1651, le Léviathan est un ouvrage de Thomas Hobbes (1588-1679) qui cherche à résoudre sur un plan théorique les problèmes politiques que rencontre l'Angleterre à cette époque : une guerre civile oppose alors puritains et royalistes et contraint Hobbes à l'exil en France en 1640. Le roi Charles Ier est exécuté en 1649, Hobbes ne revient en Angleterre qu'en 1651 sous le règne de Cromwell. La monarchie est restaurée en 1660 par Charles II. 

Le texte ci-dessous traite de la condition de l'homme à l'état de nature, qui pour Hobbes, est un état de guerre. Après avoir identifié les trois causes principales de conflit que l'on trouve dans la nature humaine - à savoir la compétition, la défiance et la gloire qui poussent les hommes à s'attaquer respectivement en vue du profit, de la sécurité et de la réputation -, il revient sur les causes précises de la guerre à l'état de nature. 

jeudi 7 avril 2016

"Les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent"

Commentaire

Dans sa célèbre Lettre à Schuller, Spinoza répond à ce philosophe et médecin allemand afin de lui expliquer en quoi sa conception de la liberté diffère de celle de Descartes. Il commence par distinguer Dieu et l'homme du point de vue de la liberté, en ce que le premier est absolument libre et le second absolument déterminé. 

Pour Spinoza, une chose peut être dite "libre" à condition qu'elle agisse "par la seule nécessité de sa nature". Sinon elle est dite "contrainte". Comme chose libre, il donne l'exemple de Dieu : il existe par la seule nécessité de sa nature et il comprend toute chose. Mais il précise aussi que Dieu existe "librement (quoique nécessairement)", ce qui fait de lui un être à la fois libre et nécessaire. Or, traditionnellement, liberté et nécessité s'opposent. Qu'est-ce à dire ?

mercredi 6 avril 2016

"Le monopole de la violence physique légitime"

Commentaire

Le savant et le politique est un recueil composé de deux conférences prononcées par Max Weber en 1919 : "La vocation de savant" et "La vocation de potitique". Dans la première, Weber traite du rapport du savant aux valeurs et dans la seconde, de l'action politique, de son fonctionnement, de sa légitimation et donne une définition célèbre de l'Etat : "communauté humaine" qui détient "le monopole de la violence physique légitime". C'est de cette conférence qu'est issu le texte présenté ci-dessous.

Le sens de l'adjectif "politique" s'entend pour Max Weber à partir de la notion de groupement humain. L'Etat correspond à la direction ou à l'influence que l'on exerce sur cette direction du groupement humain. 

lundi 4 avril 2016

"La religion est l'opium du peuple"

Commentaire

Ce texte se trouve au début de la Contribution à la critique de la Philosophie du droit de Hegel (1844). Karl Marx (1818-1883) reprend la thèse de Feuerbach qui voit en la religion une aliénation de l'homme, mais il fait un pas de plus en montrant que la religion est d'abord et avant tout un produit social, elle n'est donc que le fond d'une aliénation plus significative, celle qui est politique, économique et sociale. 

Marx part de l'analyse de Feuerbach qui dans l'Essence du christianisme (1841) réalise une critique de la religion chrétienne et établit que la religion est faite par les hommes. Mais il lui reproche d'avoir placé l'homme en dehors de la réalité, car pour Marx, l'homme doit être vu primordialement dans sa dimension sociale : "l'homme, c'est le monde de l'homme", c'est-à-dire "l'Etat, la société". Ce sont l'Etat et la société qui produisent la religion, non pas l'homme en tant qu'abstraction.