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jeudi 7 juin 2018

Einstein, Freud, Pourquoi la guerre ? (1933)

Présentation du texte

Le texte qui va suivre est la traduction par Blaise Briod d'une lettre d'Albert Einstein à Sigmund Freud, suivie de la lettre de réponse de Sigmund Freud à Albert Einstein. Sous le titre Pourquoi la guerre ?, elles furent publiées en 1933 par l'Institut international de coopération intellectuelle. Ce volume faisait partie d'une série de publications patronnées par l'Institut, les Correspondances, dans lesquelles des personnalités marquantes du monde intellectuel échangeaient leurs vues sur des questions essentielles, la plus cruciale étant la menace d'une guerre.

Existe-t-il un moyen d'affranchir les hommes de la menace de la guerre ? De canaliser l'agressivité de l'être humain et de le rendre psychiquement mieux armé contre ses pulsions de haine et de destruction ? Telles sont les questions qu'Albert Einstein pose en juillet 1932 à Sigmund Freud, alors que les périls montent en Europe avec l'arrivée au pouvoir du fascisme en Italie (Mussolini devient président du Conseil en 1922) et la montée du nazisme en Allemagne (Hitler sera nommé Chancelier en janvier 1933). 

Dès septembre 1932, le père de la psychanalyse, qu'Einstein appelle le "grand connaisseur des instincts humains", répond au physicien, en s'expliquant sur les soubassements psychiques du comportement, et en précisant les voies possibles vers une cessation des conflits qui opposent les hommes. Il peut également être intéressant de noter que Freud enverra un exemplaire dédicacé de l'ouvrage, reprenant ces deux lettres, à Mussolini avec l'inscription suivante : "À Benito Mussolini, avec le salut respectueux d’un vieil homme qui reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture".

vendredi 4 mai 2018

"La civilisation doit tout mettre en œuvre pour limiter l'agressivité humaine"

Commentaire

Malaise dans la civilisation (1929) est un ouvrage de Sigmund Freud (1856-1939) dont l'objet principal est d'exposer le malaise interne au processus de civilisation. Ce processus se caractérise par la transformation des instincts (ou des pulsions) en aspirations socialement acceptables afin de permettre la vie en société. Cependant, il porte en lui-même les germes d'un malaise parce qu'il revient, en fait, à forcer les individus à renoncer à leurs instincts, ce qui les rend malheureux. Dans sa typologie des instincts, Freud en distingue deux fondamentaux : instinct érotique et instinct de mort. Il les qualifie aussi en utilisant le nom du dieu grec correspondant, respectivement Eros et Thanatos.  

C'est de cet instinct de mort dont il est question dans le texte présenté ci-dessous, extrait de la fin du chapitre V, et plus précisément d'une notion qui en découle et qui est l'agressivité. Pour Freud, en effet, il est naïf de considérer comme le font les religions, que l'homme n'est qu'amour et paix. Autrui peut à tout moment devenir un objet sexuel ou servir à satisfaire un besoin d'agression. Il reprend ainsi à son compte la formule de Plaute selon laquelle l'homme est un loup pour l'homme (Homo homini lupus) et qui est à la racine de l'anthropologie de Hobbes. L'histoire fourmille d'exemples où les forces morales reculant, l'homme se livre aux plus exécrables atrocités (un peu en amont du texte, il fait référence notamment à l'invasion des Huns ou à la Première Guerre mondiale), ce qui démontre que le processus de civilisation n'est pas forcément progressif, mais peut connaître à tout moment, des moments régressifs. Il se caractérise donc par une extrême fragilité.

lundi 30 avril 2018

"Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage"

Commentaire

Les Essais sont une oeuvre de Michel de Montaigne (1533-1592) composée de trois tomes, les deux premiers publiés en 1580 et le troisième en 1588. Sans ordre apparent, Montaigne traite de sujets divers "de bonne foi" comme il le rappelle à son lecteur dès le début de son ouvrage, et ce, de manière à dresser son portrait intellectuel, "sans contention ni artifice", portrait dont il affirme qu'il l'aurait peint "tout entier" et "tout nu" s'il avait été "entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de la nature".  

Or, c'est justement de ces nations dont il va être question dans l'extrait présenté ci-dessous, issu de l'essai intitulé "Des cannibales" (tome I, XXXI). Montaigne y évoque les peuplades du Nouveau Monde récemment découvert, notamment celles de la France antarctique, éphémère colonie française qui occupa la baie de Guanabara, à Rio de Janeiro, au Brésil, de 1555 à 1560. Présentant leurs coutumes, il montre que le cannibalisme de ces sociétés n'est peut être pas plus barbare que les exactions commises au nom de la religion en Europe par des hommes prétendument civilisés.

dimanche 29 avril 2018

"La culture, mot et concept, est d'origine romaine"

Commentaire

La crise de la culture est le titre français du recueil de six, puis de huit essais rassemblés et publiés par Hannah Arendt (1906-1975) sous le titre Between Past and Future (1961, puis 1968). Le thème commun de ces essais est celui du diagnostic d'une époque en crise avec d'un côté, une usure de la tradition, et de l'autre, un avenir incertain. Partant de la rupture moderne dans la tradition et du concept d'histoire, Arendt discute ensuite deux concepts politiques centraux que sont l'autorité et la liberté, puis analyse quatre problèmes d'actualité : la crise de l'éducation et de la culture, le rapport entre vérité et politique et la conquête de l'espace.

Le texte ci-dessous est extrait de l'essai "La crise de la culture : son sens politique et social". Arendt s'intéresse au concept de "culture de masse" (mass culture) et montre que dans les sociétés de masse, les objets culturels sont devenus des objets de loisir plutôt que des objets de culture. Dans la société de consommation, le temps de loisirs est consacré au divertissement et non plus au perfectionnement de soi-même. Alors que la culture dépassait initialement le cadre de la vie humaine, pour atteindre un temps plus pérenne, le loisir est une activité insatiable de consommation de biens éphémères sans arrêt renouvelés. L'enjeu est de montrer que le mot "culture" qu'on emploie aujourd'hui pour désigner la culture de masse est en réalité mal employé. 

mercredi 25 avril 2018

"La culture de ses facultés naturelles est un devoir de l'homme envers lui-même"

Commentaire

La Métaphysique des moeurs (1795) est un texte d'Emmanuel Kant où il détaille des exemples concrets qui illustrent la théorie exposée dans les Fondements de la métaphysique des moeurs parus dix plus tôt en 1785. La métaphysique des moeurs désigne, pour Kant, la science générale des devoirs, lesquels peuvent être traduits par des lois extérieures (les droits) ou non (la vertu). L'ouvrage se divise ainsi en deux parties : la "Doctrine du droit" et la "Doctrine de la vertu". Le fait de se cultiver relève de la contrainte intérieure que l'on peut exercer sur soi indépendamment de lois extérieures et constitue une vertu.

Le texte ci-dessous est extrait de la "Doctrine de la vertu". Dans cette partie de la Métaphysique des moeurs, Kant distingue les devoirs envers soi-même et les devoirs envers les autres, et parmi les devoirs envers soi-même, ceux qui sont parfaits (qui créent des devoirs d'obligation stricte, qui défendent d'agir contre notre nature, comme par exemple ne pas se suicider) et ceux qui sont imparfaits (qui créent des devoirs d'obligation large, qui nous ordonnent d'agir positivement, par exemple de se perfectionner). Le fait de se cultiver fait justement partie de ces devoirs imparfaits envers soi-même. 

dimanche 22 avril 2018

"La culture de l'âme, c'est la philosophie"

Commentaire


Les Tusculanes (45 av. J.-C) sont un dialogue, s'étendant sur cinq journées, composé de cinq livres et rédigé par le philosophe stoïcien Cicéron (106-43 av. J.C.). Il prend place dans la villa de Cicéron à Tusculum (ou Tusculane, ancienne cité qui se situait au sud est de Rome). Il rassemble deux interlocuteurs simplement identifié par les lettres M et D dans le texte latin, qui renvoient probablement au maître (Magister) et au disciple (Discipulus), ce que le traducteur a choisi de rendre par Cicéron (C) et l'auditeur (L'a). L'originalité principale de ce texte réside dans le fait qu'il est considéré comme le premier emploi métaphorique du terme "culture" : de même que l'on cultive la terre, on se cultive soi-même au moyen de la philosophie.

Dans le Livre I ("De la mort. Qu'elle est à mépriser"), Cicéron a défini la philosophie comme étant "l’étude même de la sagesse, et qui renferme toutes les connaissances, tous les préceptes nécessaires à l’homme pour bien vivre" (I, I). "Bien vivre", tel est donc l'objectif de la philosophie. Or, pour ce faire, il est primordial de ne pas craindre à la mort, crainte dont il faut apprendre à se défaire ainsi que l'enseigne la philosophie stoïcienne, en accord sur ce point avec la philosophie épicurienne. Ce thème est traité dans le Livre I. Le texte qui suit est tiré du début du livre II qui s'intéresse, plus particulièrement, à la question de la douleur dont il est possible de diminuer les troubles au moyen de la raison. 

lundi 6 novembre 2017

Cours - L'histoire

Introduction

"Il était une fois". Ainsi commencent les histoires qui sont racontées aux enfants pour les endormir. Ces contes, qui ont pour objectif de distraire, de rassurer, parfois même d'éduquer, n'ont assurément pas le souci de la vérité, ni même celui de la vraisemblance. Pourtant, "histoire" vient du grec historia qui signifie "enquête" et l'histôr est "le témoin, celui qui a vu". Il semble donc que le lien entre la vérité et l'histoire soit beaucoup plus intime que ce que pourrait laisser penser son sens le plus large. Il est notable d'ailleurs que, bien souvent, les contes plongent leurs racines dans un passé légendaire ou mythologique, c'est-à-dire dans un univers certes fictif mais néanmoins possible.

En outre, l'histoire est cette discipline qui est enseignée à l'école. Chaque petit Français apprend au cours de sa scolarité, l'histoire de France : les grandes dates qui ont compté pour la constitution de cette nation, les grands héros historiques qui l'ont façonnée et la manière dont elle s'est progressivement construite pour devenir la République que l'on connaît aujourd'hui. Pour autant, cette histoire est souvent l'objet de critiques. Certains voient en elle un simple moyen d'édifier le peuple, de lui inculquer une conscience historique nationale, c'est-à-dire une façon propre de se rapporter à son passé collectif (on pense par exemple à l'expression typique du roman national : "nos ancêtres les Gaulois") et mettent en doute son caractère scientifique.

dimanche 28 mai 2017

"Chaque matin nous serons à la veille de la fin des temps"

Commentaire

Dans "La fin de la guerre" (1945), texte initialement paru dans le premier numéro de la revue Les Temps modernes, Jean-Paul Sartre (1905-1980) donne son sentiment sur la nouvelle période qui s'ouvre après les terribles événements de la Seconde Guerre mondiale. Terminée en Europe après la capitulation de l'Allemagne nazie le 8 mai 1945, puis achevée définitivement sur le théâtre d'opération Asie-Pacifique le 2 septembre 1945 avec la capitulation du Japon, cette guerre totale propulse sur le devant de la scène deux grands vainqueurs : les Etats-Unis d'Amérique et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). 

Le texte ci-dessous s'inscrit dans la ligne éditoriale de la revue des Temps modernes qui a pour objectif de produire certains changements dans la condition sociale de l'homme et dans la conception qu'il a de lui-même. Sartre revient sur l'indifférence et l'angoisse qui caractérisent, selon lui, cette fin de guerre. C'est que, si la guerre a pris fin, la paix n'a, en revanche, pas vraiment commencé. La paix semble être devenue un jeu continu de dégradés. Les derniers événements ont révélé que les puissances de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon) étaient finalement les nations les plus faibles, qui cèdent la place à deux superpuissances disposant de moyens colossaux. Mais surtout, ils ont montré le vrai visage de cette guerre : un avertissement de la fragilité humaine. Ils mettent l'homme face à sa responsabilité essentielle : c'est à lui qu'il appartient de définir le sens de l'histoire.

samedi 27 mai 2017

"L'histoire de toute société jusqu’à nos jours n'a été que l’histoire de luttes de classes"

Commentaire

Le Manifeste du parti communiste (1848) est un texte de Karl Marx (1818-1883) et de Friedrich Engels (1820-1895). Il a d'abord été publié anonymement en allemand. Il constitue le programme de la Ligue des communistes, organisation internationale fondée à Londres en 1847 et dont l'objectif est de faire connaître et de diffuser ses idées à travers le monde. La publication du manifeste est contemporaine des événements révolutionnaires de février 1848 en France qui aboutissent à la proclamation de la Deuxième République. 

Le texte ci-dessous se trouve au début du Manifeste. Dans un paragraphe introductif, Marx et Engels dressent le constat ironique du "spectre du communisme" qui inquiète les puissances de la vieille Europe ainsi que la Russie tsariste. Ils notent que l'épithète "communiste" est devenue une insulte. Ils en déduisent donc que le communisme est d'ores et déjà reconnu comme "une puissance" à part entière par les autres puissances d'Europe. Le Manifeste vise à exposer les conceptions, les buts et les tendances du communisme et à expliquer pourquoi comparer le communisme à un fantôme n'est qu'un conte destiné à effrayer les peuples. 

mercredi 24 mai 2017

"Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion"

Commentaire

La Raison dans l'Histoire constitue l'introduction des Leçons sur la philosophie de l'histoire (1837) de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Ces leçons ont été publiées après la mort de l'auteur, à partir des notes de cours prises par ses étudiants. Dans cette introduction, Hegel explique que la raison est à l'oeuvre dans l'histoire, c'est-à-dire que, contrairement aux apparences, l'histoire ne se réduit pas au déroulement d'une série de faits désordonnés et chaotiques, mais réalise le développement de la rationalité. Il existe donc un sens de l'histoire vers plus de droits et de libertés.

Le texte ci-dessous est extrait de la partie consacrée au matériel de la réalisation de l'Esprit. Hegel vient de souligner les conséquences désastreuses des passions humaines qui entraînent un déchaînement de violences et de destructions de toute sorte. Mais il ne s'arrête pas à ce constat. Il cherche à comprendre à quelle fin tous ces immenses sacrifices sont accomplis. Ainsi, il estime qu'ils sont, en réalité, les moyens mis au service d'une cause supérieure : la réalisation et la prise de conscience de l'Esprit par lui-même, l'Esprit désignant l'unité entre la réalité et la pensée. Dans l'histoire, le négatif apparaît comme le moyen pour le positif d'advenir, les passions ne s'opposent pas à la raison, mais sont la condition de son développement.

dimanche 21 mai 2017

"On peut considérer l'histoire de l'espèce humaine comme l'exécution d'un plan caché de la nature"

Commentaire

L'Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (1784) est un article du philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) qui comprend une introduction et neuf propositions. Pour Kant, les actions humaines, comme tout autre événement naturel, obéissent aux lois universelles de la nature. Lesquelles ? C'est ce qui n'est pas évident à déterminer car il faut prendre en considération le rôle de la liberté du vouloir humain. Mais de même que des études statistiques permettent de mieux saisir les régularités des comportements humains, Kant estime possible de trouver un fil conducteur à l'histoire.

Le texte ci-dessous constitue la Huitième proposition de l'ouvrage. Dans la proposition précédente, la septième, Kant note que les Etats se comportent au niveau international comme les individus à l'état de nature : ils entrent en conflit. Or, l'état civil naît de ces antagonismes et de la nécessité d'y mettre un terme en instituant un ordre qui garantisse à chacun des droits. La nature utilise ainsi les pulsions destructrices des hommes pour les amener là où la raison simple aurait dû les conduire. En tant que telle donc, la coexistence pacifique des nations n'adviendra pas de la seule sagesse des nations, mais sera le fruit d'un processus similaire à celui qui a mené les individus vers la société civile, c'est-à-dire un processus traversé par de violents sursauts tels que les guerres ou les révolutions et suivi par la compréhension de la nécessité de juridiciser et de moraliser les relations entre les Etats.

mercredi 17 mai 2017

"Les hommes acceptent sans examen les récits des faits passés" 

Commentaire


La Guerre du Péloponnèse (fin du Ve siècle av. J.-C.) narre les premières années du conflit qui a opposé de 431 à 404, les deux grandes cités grecques antiques : Sparte avec la ligue du Péloponnèse et Athènes avec la ligue de Délos. Elle est l'oeuvre de l'historien athénien Thucydide (460-395 av. J.-C.). Elle constitue l'un des premiers textes d'histoire avec l'Enquête (445 av. J.-C.) d'Hérodote qui décrit les guerres médiques opposant les Grecs aux Perses de 490 à 479 av. J.-C. Elle est généralement considérée comme le premier récit historique fidèle et rigoureux, l'ouvrage d'Hérodote étant encore marqué par la mythologie. 

Le texte ci-dessous rassemble trois chapitres (XX, XXI et XXII) tirés du livre I sur les huit que contient l'oeuvre. Il est consacré à l'analyse des causes de la guerre. Cette recherche des causes véritables est tout à fait inédite à l'époque dans l'analyse historique. Thucydide étudie comment Athènes, dans les cinquante années qui ont suivi la victoire sur les Perses, est parvenue à constituer un empire dont l'accroissement inquiétait les Lacédémoniens, poussant ainsi ces derniers à déclencher la guerre, suivis par leurs alliés, qui craignaient pour leur indépendance. L'explication classique par les griefs de chaque camps laisse la place à une analyse qui tient compte de la situation politique, ainsi que du contexte socio-économique. Les causes des événements ne sont plus à rechercher en dehors du monde humain, mais à l'intérieur de celui-ci, tenant compte des ambitions des cités et de leurs dirigeants. 

Cours - Le langage

Introduction

Tout langage fonctionne au moyen d'un système de signes permettant la compréhension mutuelle entre un émetteur et un récepteur. Ces signes peuvent être de nature très différente. Le langage que nous utilisons chaque jour pour nous exprimer est composé de mots, mais il existe aussi un langage informatique, un langage des fleurs et même un langage des abeilles. Le langage n'est donc pas nécessairement à restreindre aux langues propres à un pays, à la langue française par exemple. Il permet de communiquer, c'est-à-dire, si l'on suit l'étymologie latine du verbe communicare, de "partager" et de "mettre en commun" une information.

Mais peut-on être certain que les langages comme le langage informatique ou le langage des abeilles soient à mettre sur le même plan que les langues que nous utilisons pour exprimer nos pensées ? Le langage informatique n'est en fait qu'un code servant à la programmation. Il est destiné à exploiter un certain nombre d'informations présentes dans la mémoire d'une machine informatique. Mais il semble beaucoup moins complexe que le langage que nous utilisons pour nous exprimer. De même, le langage des abeilles désigne les danses qui permettent aux abeilles de se transmettre entre elles la localisation du nectar indispensable à la fabrication du miel. Mais a-t-on déjà vu une abeille faire une blague à une autre en lui indiquant une mauvaise direction ? 

mercredi 15 juin 2016

Travailler moins, est-ce vivre mieux ?


Introduction

Dans nos sociétés démocratiques, le temps de travail se retrouve régulièrement au centre des discussions. Cela a été le cas, en France, lors du passage aux 35 heures effectué sous l'ère du gouvernement Jospin entre 1997 et 2002. Actuellement, certains syndicats revendiquent d'ailleurs à nouveau un abaissement du temps de travail et un passage aux 32 heures par semaine. Une analyse sur le long terme de cette durée montre qu'elle n'a pas cessé de diminuer depuis le début du XXe siècle. De plus, de nouveaux droits ont été conquis notamment ceux des congés payés : initialement d'une durée de deux semaines en 1936, ils s'étendent, depuis 1982, à cinq semaines par an. Est-ce à dire que travailler moins, permet de vivre mieux ? 

Le travail, que l'on peut définir comme l'activité de production de biens et services, est souvent associé, dans l'imaginaire collectif, à quelque chose de désagréable. Son étymologie renforce cette association puisqu'en latin, tripaliare signifie "tourmenter avec un tripalium", instrument de torture composé de trois pieux. Et de fait, on n'est pas toujours heureux de retourner travailler le lundi matin, il suffit pour s'en rendre compte de prendre le métro et d'observer les mines déconfites des voyageurs ce jour là. De ce point de vue, il paraît clair que réduire le temps de travail, voire parvenir à la suppression du travail, sont des idéaux à atteindre pour vivre mieux, c'est-à-dire plus pleinement, au sens où l'on pourra enfin se consacrer à des activités plus libres ou plus divertissantes, bref vivre une vie heureuse. Mais à y regarder de plus près, il n'est pas si évident que cette suppression du travail représente un progrès sur le plan du bonheur individuel. On peut constater d'abord que le chômage est mal vécu par les personnes qu'il concerne : perte de pouvoir d'achat, dévalorisation de soi, ennui, etc. Si le travail est souvent associé à une idée désagréable, son absence l'est tout autant. En outre, s'il est loin d'être une fin en soi, par la production des biens et services qu'il réalise, il assure la vie en commun et semble donc être un des moyens permettant de bien vivre en société. Qu'est-ce qui permet de rendre le travail compatible avec une vie heureuse ? 

lundi 9 mai 2016

Cours - La religion

Introduction

Dans le langage courant, les religions renvoient à différents systèmes de croyances, impliquant un certain nombre de pratiques comme par exemple la prière, reconnaissant un principe supérieur tel un (monothéisme) ou plusieurs dieux (polythéisme) et propre généralement à une civilisation particulière (par exemple : la civilisation judéo-chrétienne, la civilisation arabo-musulmane, etc.). La religion suppose des rites, des cultes rendus, des cérémonies. Elle sépare un monde laïc et profane, celui de tout un chacun et un monde sacré, réservé à la consécration de ce principe supérieur. Elle engage enfin une certaine relation avec la ou les divinités ainsi que l'observance de règles dont elle prescrit l'application.

Etymologiquement, religion vient du latin religio qui signifie "attention scrupuleuse", idée que l'on retrouve dans l'expression "respect religieux" ou encore dans le mot "vénération" qui désigne un grand respect fait d'adoration et de crainte. Selon Cicéron, religion viendrait de relegere qui signifie "recueillir", "rassembler" et selon Lucrèce, de religare "relier", qui est une étymologie critiquable, même si elle a le mérite d'éclairer le sens du mot, la religion étant à la fois ce qui relie les hommes entre eux dans leur distinction essentielle avec la divinité (lien horizontal), mais aussi ce qui relie les hommes à la divinité elle-même (lien vertical). 

"La religion serait la névrose de contrainte universelle de l'humanité"

Commentaire

L'avenir d'une illusion (1927) traite principalement de la religion et de son avenir. La religion est conçue comme une illusion, c'est-à-dire un récit imaginaire dont on ne cherche pas à établir la vérité par un moyen rationnel, mais qui est considéré comme vrai parce qu'il nous rassure et nous présente la réalité sous un angle satisfaisant à nos désirs. L'extrait ci-dessous provient du livre VIII. Freud (1856-1939) y réalise un plaidoyer pour que les faits de culture ne soient plus interprétés du point de vue de la religion, mais rationnellement afin d'éviter le déni de réalité. 

Freud souligne l'existence d'une "concordance" entre le besoin de religion et le besoin de protection de l'enfant. S'il reconnaît qu'"il n'est pas bon de transplanter des concepts loin du sol sur lequel ils ont poussé", il est néanmoins possible d'approfondir une analogie afin d'émettre des hypothèses sur les conditions d'émergence de certains phénomènes, en l'occurrence ici, de la religion. Freud envisage la religion du point de vue du désir : les représentations religieuses vont dans le sens de ce que l'on souhaite et c'est en cela qu'elles sont des illusions.

dimanche 8 mai 2016

"Dieu est mort !"

Commentaire

Le Gai savoir (1882) se compose initialement de quatre livres écrits par Friedrich Nietzsche (1844-1900), il en ajoute un cinquième lors de la seconde édition parue en 1887 et donne à l'ensemble une Préface ainsi qu'un appendice poétique intitulé "Chants du Prince". Cet ouvrage est connu pour traiter notamment de deux thèmes nietzschéens connus : la mort de Dieu et l'éternel retour. 

Le § 125 qui est reproduit dans son intégralité ci-dessous constitue l'annonce de la mort de Dieu. Cette annonce est faite par un homme que Nietzsche décrit comme "insensé", "fou". Comment, en effet, Dieu, un être par définition éternel et immortel, pourrait-il mourir ? En réalité, derrière cette parabole, Nietzsche évoque la perte d'influence de l'Eglise et surtout la crise des valeurs qui caractérise l'Europe de la fin du XIXe siècle.

samedi 7 mai 2016

"La liberté de penser peut se concilier avec le maintien de la paix et le salut de l'Etat"

Commentaire

Le Traité théologico-politique (1670) a été à l'origine publié de manière anonyme par Baruch Spinoza (1632-1677) à Amsterdam, ville où régnait à l'époque une certaine liberté de penser puisque de nombreux livres paraissaient alors qu'ils étaient interdits partout ailleurs. La thèse de son ouvrage est justement que la liberté de penser est indispensable à l'Etat et ce dernier doit, pour cette raison, non seulement la tolérer, mais également la favoriser. 

Le texte ci-dessous est extrait de la Préface du Traité théologico-politique (TTP). Spinoza présente l'objectif de son ouvrage et notamment sa thèse principale : "la liberté de penser, non-seulement peut se concilier avec le maintien de la paix et le salut de l’État, mais même qu’on ne pourrait la détruire sans détruire du même coup et la paix de l’État et la piété elle-même". A son époque, les conflits confessionnels sont nombreux et l'enjeu est d'éviter que l'Etat ne se saisisse de ces questions pour imposer une manière de voir qui soit préjudiciable à la liberté de penser. Au contraire, l'Etat doit se borner à être le garant des libertés. On trouve ici les échos du libéralisme politique de Spinoza ainsi que du concept de laïcité (quoique le mot ne soit pas prononcé par Spinoza) comme principe de séparation du politique et du religieux.

vendredi 6 mai 2016

"La religion est la connaissance de tous nos devoirs en tant que commandements divins"

Commentaire 

La Religion dans les limites de la simple raison (1793) a connu une deuxième édition en 1794 où Kant (1724-1804) a ajouté de nombreuses notes. Dans la première partie de cet ouvrage, Kant traite du mal radical, notion qui renvoie au mal se trouvant à la racine de toutes nos actions morales : parce qu'il y entre toujours une part de sensibilité (amour de soi, préférences, etc.), elles ne peuvent jamais être purement accomplies par devoir. La quatrième partie revient plus spécifiquement sur la notion de religion. 

Le texte ci-dessous est extrait de la première section de la quatrième partie. Pour Kant, la morale peut conduire à la religion : l'idée de l'existence de Dieu peut être considérée comme un postulat pratique car elle est nécessaire subjectivement du point de vue de l'action. Il donne de la religion la définition suivante : "la religion (considérée subjectivement) est la connaissance de tous nos devoirs en tant que commandements divins". Cette définition doit permettre d'éviter de mauvaises interprétations du concept général de religion. 

jeudi 5 mai 2016

"Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur"

Commentaire

Les Pensées (1670) sont un ouvrage publié à titre posthume qui constitue ce qui reste d'un projet d'apologie de la religion chrétienne. Blaise Pascal (1623-1662) y réalise une critique de la métaphysique, notamment celle de Descartes, en ce qu'il rejette l'idée d'un Dieu domestiqué par la raison. Il refuse ainsi les preuves théoriques de l'existence de Dieu apportées par Descartes. Elles sont pour lui à la fois inutiles et impossibles : impossibles car la raison dispose de limites et que Dieu la transcende ; inutiles car elles frappent peu l'esprit et nécessitent une trop grande attention. 

Dans le fragment ci-dessous, Pascal présente sa propre voie d'accès à la connaissance de Dieu qui repose sur sa notion fondamentale de "cœur". Il constitue, selon lui, le fond de la nature de l'homme et détermine à la fois la connaissance des premiers principes et son affectivité. A partir de ce que sent le cœur, la raison va ensuite pouvoir élaborer des raisonnements et tirer des conséquences, dans le domaine de la science comme dans celui de la foi.